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     DvD
 

L’ESQUIVE

Un film français Abdellatif Kechiche
Avec Sman Elkharraz
Sarah Forestier

Aventi - 2004 - 1h59

L'esquive, grand vainqueur de la dernière cérémonie des César, avait échappé à la sagacité de Jowebzine.com. Il fallait absolument réparer cet oubli. C'est désormais chose faite.


Ça ne vous aura pas échappé, Lydia et Krimo sont les nouveaux héros (surprise) du cinéma français. Et contrairement à ce que l’on constate habituellement, ce n’est pas la sortie en salle du film dans lequel ils tiennent les premiers rôles qui les a consacrés, mais, six mois plus tard, la cérémonie des César. Il faut dire que, jusque-là, L’esquive n’avait pas frappé les esprits. Ni par son succès critique, ni par son succès public. Loin de moi, pourtant, la tentation de dénigrer le choix des professionnels du cinéma qui ont assuré le triomphe d’Abdellatif Kechiche et de ses comédiens. D’autant que L’esquive était passé au travers des mailles du filet de Jowebzine.com, et qu’il aurait été particulièrement mal venu de se prononcer sans avoir en main (en tête) tous les éléments d’appréciation.

C’est désormais chose faite grâce à une opportune opération commerciale qui a permis, dans les jours suivants son sacre, de trouver le DVD de L’esquive à un prix défiant toute concurrence dans les rayons d’une grande surface culturelle (sic), autoproclamée agitatrice depuis 50 ans (re-sic).

Et il faut bien admettre que ce film trace sa route loin des sentiers battus de la production cinématographique académique. Plus proche du documentaire que de la fiction, L’esquive laisse la bride sur le cou de ses jeunes interprètes pour la plus grande efficacité du résultat et le plus grand choc des spectateurs. Impossible en effet de rester indifférent à cette histoire banale à pleurer (un jeune garçon est amoureux d'une jeune fille et n'ose pas le lui avouer) qui abandonne toute convention (cadrage, langage…) pour se concentrer sur l'essentiel : la tragédie (au sens du théâtre grec) qui se joue.

Amour, trahisons, rivalités, alliances, ruptures… toute l'action est concentrée en un lieu unique (la cité) et sur une durée limitée (la répétition d'une pièce de Marivaux pour le spectacle de fin d'année du collège). Mais malgré ces repères clairs, le spectateur est, dès les premières images, plongé dans un monde qui lui est totalement étranger, à la fois frustre, brutal et outrageusement conformiste, dans lequel la langue rapide, saccadée, utilisée sur le seul mode de l'invective ne fait que renforcer l'agressivité permanente érigée en mode de relation.

On sort profondément marqué de L'esquive. Moins par la performance de ses acteurs ou de son réalisateur que pour ce que le film nous donne à voir et à comprendre d'une partie de notre jeunesse. Sans misérabilisme mais sans édulcorer non plus le propos, Abdellatif Kechiche nous montre la vérité, rien que la vérité… mais toute la vérité. Et là, pas moyen de s'esquiver : voilà donc le monde que l'on a construit pour nos enfants. Il n'y a pas de quoi être fier.


Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Mars 2005
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