GRANDES
VACANCES
Un excellent film des frères Podalydès auquel
vient s'ajouter un making-of tendre et original : deux bonnes
raisons de consacrer une soirée à Liberté-Oléron.
Jacques Monot (Denis Podalydès) et sa famille investissent
comme chaque été une petite location sur l’Ile
d’Oléron pour y passer les vacances. Avide d’aventures
très maîtrisées, Jacques jette cette fois
son dévolu sur une coquille de noix au doux nom moqueur
: le Zygomare dans lequel il embarque femme et enfants pour
traverser les 5 km de mer qui séparent les îles
d’Oléron et d’Aix.
C’est le cinquième film des frangins Podalydès.
Comme les précédents (Versailles-rives gauche,
Voilà, Dieu seul me voit et, nouvellement, Le mystère
de la chambre jaune), Liberté-Oléron est une
traversée anthropologique. En ligne de mire cette fois
: les grandes vacances et le comportement de l’homo
erectus lorsqu’il est soumis à l’intense
activité du farniente obligatoire. On rit, souvent
aux éclats d’ailleurs, mais on bute aussi contre
un personnage des plus retord. En dehors du fait sympathique
et drolatique que Jacques Monot soit un marin d’eau
douce à la hargne aussi dense que son vocabulaire est
réduit, c’est aussi un père de famille
totalement hors de lui, dans un état de stress impossible
à gérer, ressurgissant de la manière
la plus agressive qui soit sur une famille devenue spectatrice
du grand barnum paternel. Et ainsi jusqu’à ce
que, dépassé, l’homme s’effondre
dans un grand pathos plein de réconciliations.
Interprétation très théâtralisée
et magnifique de Denis Podalydès qui décidément
fait des merveilles entre les mains de son frère, à
moins que ça ne soit le frère qui… Et
d’ailleurs, on s’en coince bien, seul le résultat
de cette alchimie familiale nous importera.
Les vacances ne sont jamais assez longues pour que l’homme
s’adapte à ne rien y faire, c’est, de manière
apocryphe, ce que Pennac dit dans son illustration des clichés
de Doisneau. Liberté-Oléron est une autre illustration
de cette dichotomie.
Autre bonne raison de se procurer ce disque : l’édition
ultra complète qu’en a faite Studio Canal. Outre
les petits extra rigolos et purement anecdotiques genre galerie
de photos, musique du film, accessoires, on trouve un making-of
révolutionnaire. Réalisé par Anne-Françoise
Brillot, femme de Bruno Podalydès, ce documentaire
de 25 mn a été fait dans l’idée
d’expliquer à leur fils, Jean, 6 ans (jouant
dans le film le rôle du plus jeune enfant de Jacques),
ce que c’était encore en 2000 de tourner un long
métrage de cinéma français. Un journal
de bord narrant en voix off et avec la plus maternelle des
objectivités, ces quelques semaines d’activités
étranges et intenses.
Tourné en Super 8, muet, suivant pas à pas
l’équipe du film, ce making-of est un exemple
du genre : didactique, humoristique, simple et illustrant
de la plus évidente manière ce qu’est
un tournage, dans quelles conditions il se déroule
ou ne se déroule pas, ce qui différencie les
bons jours des mauvais et, de manière générale,
à quoi servent tous ces gens qui se promènent
autour de la caméra, silencieux et bruyant et dont
on pense toujours qu’ils sont incroyablement nombreux
pour fabriquer aussi peu de choses : un film. Je vous conseille
ce document d’une rare qualité qui mérite
qu’on s’y attarde, 25 minutes au moins, quitte
à se priver (et ce sera moins préjudiciable)
des gadgets parallèles.
Un DVD plein de riches idées découlant toutes
d’une manière très particulière
de faire du cinéma : en famille, tout simplement. Pourrait-on
dire par extension que c’est un disque pour toute la
famille? On pourrait.
Sébastien D. Gendron
© Jowebzine.com - Novembre 2003
|