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     DvD
 

NORMAN MAILER, HISTOIRES D'AMERIQUE

Un documentaire américain
de Richard Copans et Stan Neumann

Editions Montparnasse - 1h50

En 3 documentaires, le portrait intense et pertinent du plus grand écrivain américain du XXe siècle. Un modèle de traitement que l'on aimerait voir appliquer à d'autres personnages ou événements.


"Norman Mailer est né en 1923. Il a écrit 32 livres et a reçu deux fois le prix Pulitzer. Aucun autre écrivain américain ne s’est autant impliqué dans l’histoire de son pays durant ces cinquante dernières années". Ce texte est en surimpression sur une séquence banale et étrange se déroulant dans une bibliothèque : une employée arrive avec un chariot à roulette transportant une série d’épais livres qu’elle vient ranger sur un mètre linéaire d’étagères. Les 32 livres de Norman Mailer.

Trois documents de 50 minutes dont chacun retrace, les yeux dans les yeux, les cinquante années d’écriture du prolifique, irritant, tyrannique et désillusionné Norman Mailer. Dans la première partie, "Le rebelle, 1945-1961", la rédaction quasi accidentelle des Nus et les morts le porte au-devant de la scène alors qu’à vingt-cinq ans, il rentre tout juste de la bataille du Pacifique et se noie dans le succès littéraire. "Les années Mailer, 1961-1974" nous présente une sorte d’entrée en politique du personnage public qui, poussé à agir face aux évènements violents des années 60 (notamment le triple assassinat Kennedy/Luther King). Puis "Le désenchanté, 1977-1998" est un retour sur soi comme si Mailer se regardait dans un miroir non déformant et se posait la question : est-ce mon reflet réel ? Est-ce le reflet réel de l’Amérique ?

Sa vie durant, Mailer n’a jamais rien écrit d’autre que les résultats brûlant de la psychanalyse des États Unis et tiré le constat systématiquement alarmant que rien ne pourrait changer. Histrion d’une gauche étouffée par le maccarthysme, qui n’ose pas se montrer et n’existera qu’en tant que scission discrète au sein du parti Démocrate, l’homme se remontera plus d’une fois les manches pour partir au combat ou, au moins, s’afficher publiquement aux bras de quelques manifestations d’envergures comme la marche sur le Pentagone de 1968.

Les entretiens qui se succèdent dans ce DVD d’une qualité suffisante pour servir les meilleurs cours magistraux d’histoire, sont irréprochables et donnent toute la place dont à besoin Mailer pour laisser s’exprimer son ego surdimensionné, sa perception quasi paranoïaque du monde qui l’entoure ("Tous les Américains sont paranoïaques et ils sont malheureux quand ils ne le sont pas"). Homme d’image, sorte de Pantagruel surboulimique de ses propres représentations, il quitte très rapidement le regard de son interviewer pour fixer l’objectif et nous qui nous débattons derrière pour comprendre dans ce survol de bombardier des 50 années précédentes, s’il ne s’agit que d’une analyse de haute voltige ou d’un vade-mecum illustré de la Terre de la Liberté.

C’est encore là que ces trois films sont exemplaires : venant étayer les dires de Mailer, des documents implacables défilent en parallèle, rares ou surdiffusés, qui font la preuve de la dérive perpétuelle de ce pays trop grand dans lequel des générations entières de déportés du monde entier ont été empilées pour conquérir, puis construire le rêve américain. C’est impressionnant. Ça ressemble à ce copain d’école fier comme Artaban, qui vous parlait à longueur de récrés de son papa dentiste, un dentiste que vous connaissiez très bien puisque c’était chez lui que vous passiez vos pires moments.

Mailer a écrit quelques-uns uns des livres les plus importants de l’histoire littéraire américaine, au nombre desquels on retiendra Les nus et les morts ou le constat chirurgical de ce que la guerre peut faire d’un parfait innocent ; Le chant du bourreau qui relate l’histoire de Gilmore, cet assassin qui réclama qu’on l’exécute en 77 alors même que la peine capitale avait été abolie aux USA et qui signa le retour en force des bourreaux ; Harlot et son fantôme, un précis sur la CIA de quelque mille pages, anthologie de quarante années de services secrets dont Mailer dit que, s’il n’avait pas été de gauche, il aurait lui-même tenté l’intégration.

Ces trois films forment une référence que l’on souhaiterait voir reproduite avec d’autres écrivains (en existe-t-il d’aussi "historiques" ?) sur d’autres champs d’investigations - ceci alors que nous perdons ces jours-ci Hubert Selby Jr et que, s’il faut penser aux générations futures, ces portraits impliqués sont d’une importance non négligeable.


Sébastien D. Gendron
© Jowebzine.com - Mai 2004
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