Bonus
- Projet Don Quichotte : de la genèse
aux premières difficultés (97 mn)
- Autour du film : les interviews des acteurs
et de l'équipe du film,
les scènes coupées (60 mn)
- Portrait de Terry Gilliam (58 mn)
- Bonus cachés : clin d'œil de Terry Gilliam
et Don Quichotte animé
- Livret de 16 pages retraçant la carrière
de Terry Gilliam
En
2000, Terry Gilliam attaque l’adaptation du Don Quichotte
de Cervantès. A quelques jours du premier tour de manivelle,
les catastrophes s’invitent et l’équipe du
making of devient l’observateur privilégié
d’un dégonflage triste et mémorable.
Les Editions Montparnasse font décidément bien
les choses (Mailer, c’était eux) et cette sortie
très attendue arrive enfin, complétée par
une somme encyclopédique de bonus tous plus percutant
les uns que les autres.
Peu de salles obscures s’ouvrent à l’exercice
du making of et ce type de film a trouvé refuge dans
les bonus de dvd et les plages creuses des chaînes câblées
spécialisées. Du coup, leur portée documentaire
a fait place à un merchandising basique vaguement illustrée
par quelques scènes de répétitions (généralement
de cascades) et largement émaillées d’interviews
au cours desquelles les acteurs se relayent pour dire combien
ils ont pris plaisir à faire ce film "si tellement
bien" avec ce réalisateur "si tellement talentueux".
Or, le making of, dans sa véritable forme investigatrice,
indépendante de la production en cours, est d‘un
intérêt majeur parce qu’il s’y joue
des drames souvent aussi passionnant que dans le scénario
qu’ils survolent. Hearts of darkness : a filmmaker’s
apocalyspe, le film que tourna Eleanor Coppola sur Apocalypse
now, reste une référence en la matière.
Le making of de Shinning est aussi court qu’impressionnant.
Lost in la Mancha entre en grandes pompes dans ce palmarès
avec sa haute dose d’émotions, et supplante même
le film puisqu’il y survit et devient une sorte de grotte
de Lascaux du projet Quichotte maudit. On y voit et on y comprend
comment se monte un film américain privé de studio
donc de moyens mais pas d’imagination. On voit un Terry
Gilliam qui croit jusqu’au bout que son film se fera parce
que sa seule référence en matière de casse-gueule
fut le tournage catastrophique du Baron de Munchausen. On voit
des producteurs français incapables de comprendre ce
qu’est un investissement à la hauteur de Gilliam,
alors même que la France produit des géants comme
Kusturica, Campion ou Lynch. On voit un car de financiers débarquer
sur le plateau, badge autour du cou, pour photographier Johnny
Depp comme un singe dans une cage. On voit un premier assistant
prendre sur lui comme une éponge les échecs quotidiens
du film. On voit sombrer un géant aux pieds d’argile
qui aurait pu marcher jusqu’à sa vraie fin mais
qui n’a pas tenu sous le déluge. Et surtout, on
voit Terry Gilliam monter pièce par pièce un dossier
à charge.
On comprend très vite, en effet, que le réalisateur
accapare l’impartial travail des innocentes caméras
de Fulton et Pepe, qu’il s’y colle au plus près
et qu’il leur fait la part belle pour qu’elles filment
jour après jour ce journal intime d’un naufrage.
Ainsi, le film devient une sorte de réquisitoire malin
qui tentera de démythifier la fameuse démesure
dont Hollywood a toujours accusé Gilliam (si les films
de Gilliam avaient seulement remporté 1 million de plus
qu’ils n’en avaient coûté, ce film
n’existerait sans doute pas).
Voilà la réalité de Lost in la Mancha.
Gilliam en est l’instigateur et le pygmalion. Alors qu’Eleanor
Coppola, avec l’œil d’un documentaliste animalier,
regardait son homme se noyer dans l’océan qu’il
avait lui-même bouleversé, Keith Fulton et Louis
Pepe suivent les instructions d’un Gilliam malin et insidieux.
La preuve de tout ça tient dans la différence
de traitement qu’il y a entre les interviewes du maestro,
tranquillement assis dans le canapé de sa suite alors
qu’une journée de plus vient de s’effondrer,
et celles des producteurs, notamment René Cleitmann (qui
n’est pas un débutant : She’s so lovely,
Le hussard sur le toit, Urga, Cyrano de Bergerac, Tenue de soirée,
etc.), personnages livides et estomaqués qui tentent
de nous faire entendre que ce projet était de toute façon
en précaire équilibre. Pourquoi l’avoir
produit dans ce cas ?
En sortant de Lost in la Mancha, on sait beaucoup plus de chose
sur le cinéma qu’en y entrant. Et on a palpé
de très près ce que pouvait être la crise
qu’il traverse aujourd’hui. Avec ces 1h29 résumant
trois semaines d’enfer et en songeant au Cœur des
ténèbres, on comprend aussi très bien que
plus jamais une telle envergure libérée de toute
censure et de toute contrainte ne sera possible.