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     DvD
 

LOST IN LA MANCHA

Un documentaire
de Keith Fulton et Louis Pepe

Editions Montparnasse - 2000 - 1H29

Bonus
- Projet Don Quichotte : de la genèse
aux premières difficultés (97 mn)
- Autour du film : les interviews des acteurs
et de l'équipe du film,
les scènes coupées (60 mn)
- Portrait de Terry Gilliam (58 mn)
- Bonus cachés : clin d'œil de Terry Gilliam
et Don Quichotte animé
- Livret de 16 pages retraçant la carrière
de Terry Gilliam

En 2000, Terry Gilliam attaque l’adaptation du Don Quichotte de Cervantès. A quelques jours du premier tour de manivelle, les catastrophes s’invitent et l’équipe du making of devient l’observateur privilégié d’un dégonflage triste et mémorable.


Les Editions Montparnasse font décidément bien les choses (Mailer, c’était eux) et cette sortie très attendue arrive enfin, complétée par une somme encyclopédique de bonus tous plus percutant les uns que les autres.

Peu de salles obscures s’ouvrent à l’exercice du making of et ce type de film a trouvé refuge dans les bonus de dvd et les plages creuses des chaînes câblées spécialisées. Du coup, leur portée documentaire a fait place à un merchandising basique vaguement illustrée par quelques scènes de répétitions (généralement de cascades) et largement émaillées d’interviews au cours desquelles les acteurs se relayent pour dire combien ils ont pris plaisir à faire ce film "si tellement bien" avec ce réalisateur "si tellement talentueux".

Or, le making of, dans sa véritable forme investigatrice, indépendante de la production en cours, est d‘un intérêt majeur parce qu’il s’y joue des drames souvent aussi passionnant que dans le scénario qu’ils survolent. Hearts of darkness : a filmmaker’s apocalyspe, le film que tourna Eleanor Coppola sur Apocalypse now, reste une référence en la matière. Le making of de Shinning est aussi court qu’impressionnant.

Lost in la Mancha entre en grandes pompes dans ce palmarès avec sa haute dose d’émotions, et supplante même le film puisqu’il y survit et devient une sorte de grotte de Lascaux du projet Quichotte maudit. On y voit et on y comprend comment se monte un film américain privé de studio donc de moyens mais pas d’imagination. On voit un Terry Gilliam qui croit jusqu’au bout que son film se fera parce que sa seule référence en matière de casse-gueule fut le tournage catastrophique du Baron de Munchausen. On voit des producteurs français incapables de comprendre ce qu’est un investissement à la hauteur de Gilliam, alors même que la France produit des géants comme Kusturica, Campion ou Lynch. On voit un car de financiers débarquer sur le plateau, badge autour du cou, pour photographier Johnny Depp comme un singe dans une cage. On voit un premier assistant prendre sur lui comme une éponge les échecs quotidiens du film. On voit sombrer un géant aux pieds d’argile qui aurait pu marcher jusqu’à sa vraie fin mais qui n’a pas tenu sous le déluge. Et surtout, on voit Terry Gilliam monter pièce par pièce un dossier à charge.

On comprend très vite, en effet, que le réalisateur accapare l’impartial travail des innocentes caméras de Fulton et Pepe, qu’il s’y colle au plus près et qu’il leur fait la part belle pour qu’elles filment jour après jour ce journal intime d’un naufrage. Ainsi, le film devient une sorte de réquisitoire malin qui tentera de démythifier la fameuse démesure dont Hollywood a toujours accusé Gilliam (si les films de Gilliam avaient seulement remporté 1 million de plus qu’ils n’en avaient coûté, ce film n’existerait sans doute pas).

Voilà la réalité de Lost in la Mancha. Gilliam en est l’instigateur et le pygmalion. Alors qu’Eleanor Coppola, avec l’œil d’un documentaliste animalier, regardait son homme se noyer dans l’océan qu’il avait lui-même bouleversé, Keith Fulton et Louis Pepe suivent les instructions d’un Gilliam malin et insidieux. La preuve de tout ça tient dans la différence de traitement qu’il y a entre les interviewes du maestro, tranquillement assis dans le canapé de sa suite alors qu’une journée de plus vient de s’effondrer, et celles des producteurs, notamment René Cleitmann (qui n’est pas un débutant : She’s so lovely, Le hussard sur le toit, Urga, Cyrano de Bergerac, Tenue de soirée, etc.), personnages livides et estomaqués qui tentent de nous faire entendre que ce projet était de toute façon en précaire équilibre. Pourquoi l’avoir produit dans ce cas ?

En sortant de Lost in la Mancha, on sait beaucoup plus de chose sur le cinéma qu’en y entrant. Et on a palpé de très près ce que pouvait être la crise qu’il traverse aujourd’hui. Avec ces 1h29 résumant trois semaines d’enfer et en songeant au Cœur des ténèbres, on comprend aussi très bien que plus jamais une telle envergure libérée de toute censure et de toute contrainte ne sera possible.


Sébastien D. Gendron
© Jowebzine.com - Mai 2004



PS : pour plus de détails à la gloire de Terry Gilliam et de son film échoué, voyez le site officiel : www.smart.co.uk/lostinlamancha
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