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     DvD
 
NETWORK

Un film américain de Sidney Lumet
Avec Faye Dunaway
William Holden
Peter Finch
et Robert Duvall

MGM - 1976 - 2h00


Bonus
- Bande-annonce originale

REAL TV
Dès 1976, Sidney Lumet nous donnait à voir ce que serait la télé trente ans plus tard. Prémonition d'autant plus terrible qu'elle s'est largement réalisée. Effrayant.


Un présentateur du 20 heures pète un câble en direct et annonce à l’antenne qu’il se suicidera sur le plateau dans quinze jours. Immédiatement, guidée par le conseil d’administration de la chaîne, sa hiérarchie appuie son projet et, mieux, monte une production autour de son épuisement du monde.

L’Amérique vue par ses réalisateurs les plus grinçants fait peur à voir. L’Amérique charcutée sans anesthésie par Sidney Lumet fait carrément mal (Une après midi de chien, Serpico, Le verdict). Dire que Network est visionnaire serait bien en deçà de la vérité : la télévision déglinguée par la course à l’audience qui "débilise" les programmes et trépane le public pour qu’il ingère, sans y penser, des quantités astronomiques de conneries, l’Amérique a inventé ça dès les années 50 avec le soap opéra.

Non, Network est juste un constat, un scanner de la tumeur maligne qui se loge dans les tissus du réseau et métastase les endroits stratégiques. On ne vend plus innocemment du savon, on vend de la mort en direct, hara kiri programmé du présentateur vedette (croyez-vous que TF1 doublerait les gains du Bigdil si Lagaff annonçait sa pendaison pour dans 8 jours ? D’un demi-point : moi). Dans les années 60, Andy Warhol disait qu’en l’an 2000, chacun aurait son quart d’heure de gloire télévisuelle et quarante ans plus tard, le trou de balle et les passions molles d’une trentaine de protoadultes nous passionnent plus que feue La minute de M. Cyclopède.

Il n’y a pas de bonus sur le DVD de Network (à part la bande annonce originale qui permet de constater ce que peut être le travail méconnu de l’étalonneur). Il n’y a que Network. Et ça occupe déjà bien l’espace. On gueule énormément dans Network. Du déluge d’insultes qui bondit de minute en minute hors de la bouche des personnages, on retiendra certains grands moments de bravoure comme le règlement de compte verbal auquel se livre Robert Duvall, soit 2’30 de gueulante invraisemblable, pur produit de la méthode Stanislavski, à faire pâlir d’envie un prétendant au conservatoire d’arrondissement - je ne parle même pas des hurlements de la frigide Faye Dunaway, des braiments d’un Holden à la rescousse et des explosions régulières de ce pauvre Finch qui sait, dès le début, que tout ça n’est qu’un foutoir où le plus irrité, le plus atrabilaire, le plus vindicatif emportera le morceau. Une vraie démo.

Network sort en 1976. La France n’a alors que trois chaînes avec, toutes, une mission d’édification des masses. Je ne sais pas quel impact a pu avoir ce film sur le public hexagonal, sans doute un intérêt tout relatif pour cette nouvelle facette du nouveau continent décidément si exotique. Aujourd’hui ? La question est de savoir : que nous reste-t-il à découvrir de l’Amérique ?

Dans un roman de Jean-Paul Jody, j’ai découvert la sémillante profession de stringer mais ça c’est pour la chronique littéraire. Et ça vaut son pesant de cacahuète aussi. Network, absolument.


Sébastien D. Gendron
© Jowebzine.com - Décembre 2003

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