Un film américain de Charles Laughton
Avec Robert Mitchum
Shelley Winters
et Lillian Gish
MGM - 1955 - 1h29
Film-culte
depuis 50 ans, La nuit du chasseur aura traversé les
époques sans perdre de sa force ni de son pouvoir sur
l'imaginaire des spectateurs. Un monument du septième
art.
Charles Laughton, célèbre acteur britannique "utilisé"
par les plus grands metteurs en scène de son époque
(Hitchcock dans Le procès Paradine, Billy Wilder dans
Témoin à charge ou bien encore Frank Lloyd dans
Les révoltés de la Bounty) n'aura été
le réalisateur que d'un seul film. Pourtant, depuis sa
sortie en 1955, La nuit du chasseur n'a cessé de briller
au firmament du cinéma. Cité régulièrement
par tout ce que le septième art compte de génies,
ce film atypique qui a connu un échec cuisant à
sa sortie (mettant ainsi fin prématurément à
la carrière de réalisateur de Charles Laughton),
n'en a pas moins traversé le temps nimbé d'une
aura intacte.
L'une des raisons de cette fascination exercée par La
nuit du chasseur réside certainement dans son "format"
qui le rapproche plus d'un conte intemporel que d'un film au
sens classique de divertissement reflet de son époque.
L'inquiétant Robert Mitchum, l'émouvante Lilian
Gish, l'innocente Shelley Winter et les enfants courageux y
sont en effet l'incarnation parfaite de l'affrontement éternel
du bien et du mal.
Le mal, c'est l’étrange pasteur Powell (Robert
Mitchum) qui porte les mots "love" et "hate"
tatoués sur les phalanges de ses deux mains. Il erre
dans la campagne américaine, semant sur sa route la bonne
parole et la mort - le travail du Seigneur n’étant
pas, selon lui, de sauver les âmes mais de les condamner...
Elégant et séduisant, il s’introduit dans
la famille de son ancien compagnon de cellule qui avait caché
son butin avant d'être arrêté, condamné
et de mourir en prison. Pour parvenir à ses fins, il
séduit et épouse sa veuve (Shelley Winter) et
persécute ses deux enfants qui, seuls, savent où
l’argent est caché.
Le bien, c'est cette grand-mère courageuse (Lilian Gish)
qui recueille les deux orphelins en fuite, comme elle a recueilli
d'autres enfants avant eux, et qui, telle une bonne fée,
fera front courageusement contre "l'ogre" qui les
pourchasse.
Si le film n'est pas sans défaut ou maladresse mineure,
il faut lui reconnaître une force, une ambiance et une
noirceur tout à fait saisissantes. Son atmosphère
étouffante et la présence écrasante d'un
Robert Mitchum au sommet de son art font de La nuit du chasseur
un long cauchemar qui n'en finit pas de repousser les limites
de l'angoisse. Angoisse d'autant plus prégnante que,
mis à part les enfants jusqu'à leur rencontre
avec la grand-mère providentielle, tous les personnages
sont aveugles au double-jeu du pasteur Powell qui poursuit son
œuvre morbide en citant la bible.
Mais depuis cinquante ans le résultat est le même
et l'impression laissée par ce film toujours aussi forte,
renvoyant chaque spectateur à ses terreurs enfantines
nées dans l'obscurité de nuits où le sommeil
était difficile à trouver et où les contes
"pour enfants" peuplés d'ogres, de loups et
d'enfants traqués venaient hanter son imagination à
fleur de peau. Et ça n'est pas près de changer…