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     DvD
 

THE OFFICE

Série anglaise de Ricky Gervais
et Stephen Merchent

Saison 1
Saison 2
Epilogue

Slough, petite ville industrieuse du Berkshire, sud de l’Angleterre, compte parmi ses richesses économiques l’une des deux succursales de la papeterie nationale Wernham Hogg. Cette antenne du groupe compte une dizaine d’employés et est menée par David Brent, directeur quadragénaire à la philosophie plutôt affligeante.

La question que l’on se pose quand on a digéré la première saison de The Office, c’est : pourquoi ne fait-on pas la même chose en France ? Simplicité absolue de production (un décor récurant, à peine une poignée d’extérieurs, un pub, une boîte de nuit, une voiture), des comédiens inconnus, une intrigue pseudo-impliquante, des scénarios purement contemplatifs visant à l’exquis de situations pas forcément humoristiques, des dialogues parfaits, des personnages campés sur mesure dont on n’a même pas à se demander ce qu’ils fabriquent une fois les horaires de bureau passées.

D’ailleurs, la saison 1 de The Office ne remporte quasiment aucun succès en France. Diffusée en loucedé sur Jimmy, elle n’avait visiblement pas plus d’avenir que celui que lui destine la BBC lorsqu’elle la programme en 2000 sur BBC2, le lundi à 22H00. Trois ans plus tard, la bande de Ricky Gervais et Stephen Merchant (scénaristes et réalisateurs - Gervais est aussi David Brent) rafle tout jusqu’au Golden Globes Award à Hollywood en 2003. En France, la série est éditée en 3 DVD qui sortent dans les bacs, pour quelques accros ou quelques curieux désabusés.

Or, The Office est un phénomène rare. L’atypisme de ses personnages explique peut-être à lui seul le manque de curiosité des chaînes françaises à son égard.

Prenons David Brent. Petit, gros, veule et couard, flemmard, à l’humour lourd comme une palette d’enclumes, il harcèle son personnel avec ses blagues d’un goût douteux et il est persuadé qu’il imprègne le monde de l’entreprise d’une nouvelle forme de direction. Dans la première saison, Brent fait illusion. Le scénario lui fait la part belle, ses subalternes semblent, non pas s’épanouir sous sa houlette, mais trouver en tout cas le champ libre nécessaire à passer tranquillement leurs 48 heures de travail hebdomadaire (on notera la présence quasi continue d’économiseur d’écran sur les ordinateurs du bureau, une forte propension à la caféine, à la drague molle et à la tentation du rendez-vous au pub dès qu’une heure est à perdre). Des histoires se trament, sans grand retentissement sur l’avenir de l’entreprise dont on sait pourtant, dès le premier épisode qu’il est plutôt grisâtre : l’usine de Slough se retrouve en compétition avec celle de Swindon, l’une des deux devant fermer avant la fin de l’année. David Brent n’en modifie pas pour autant sa manière de mener la barque. On rie, hilare devant cette tribu hétérogène et plutôt amorphe qui vit plus qu’elle ne travaille.

Dans la seconde saison, David Brent est sérieusement mis en échec et devient carrément un personnage pathétique, de ceux qui refusent obstinément de perdre le sourire devant l’adversité. Plus que jamais, ses blagues retombent comme des flambys après des silences mortels seulement perturbés par les mines ahuries de ses employés. On rit déjà beaucoup moins tant le tragique du personnage se révèle et nous pète au visage. Tragique, à la limite du supportable. La saison s’achève sur la clôture de toutes les historiettes produites jusque-là, des départs, des amours qui se perdent. L’aventure de The Office devait s’arrêter là. Mais devant le succès planétaire (63 pays diffusent la série en 2002), BBC2 commande deux Special Noël édités dans un troisième DVD sous le titre Epilogue.

Merchant et Gervais se remontent les manches et partent repêcher David Brent dans son triste quotidien. Deux épisodes et 94 minutes plus tard, The Office ferme définitivement. Et on ressent un bonheur rare.

Dans tous les bons cours de scénario, pour ceux notamment qui s’adonnent à la pratique de Robert Mc Kee, on vous répète à l’envie qu’un personnage nase n’a pas d’histoire à raconter parce qu’on ne s’identifie pas dans le négatif. La plongée de David Brent dans les méandres de sa personnalité est le contre-exemple absolu. The Office est le contre-exemple parfait. Quintessence de la série du quotidien comme pouvait déjà l’être Six feet under, on trouve dans The Office tous les canons de la plantade délicieuse. En fait, on est bien dans The Office parce que la médiocrité de la situation générale comporte, en elle-même, tous les ingrédients d’un objet visuel d’excellente qualité. Oui, on est à des milliards de kilomètres de Lost est son agence de mannequins largués au large de l’Australie. On est à Slough. Il fait moche. Gervais/Merchent poussent le vice jusqu’à rendre attractif un générique fait de lents travelling latéraux sur ce que la ville à vu naître de pire en terme d’architecture urbaine. C’est à se demander si ce couple de dingues n’avaient pas dans l’idée de faire une anti-série. Si tel était le cas, c’est en soit une réussite. Ce qui en résulte, c’est une série produite sans se soucier de l’avis d’un public d’étude de marché. Et la pluie a beau tomber sur le rond point de Slough, The Office est fraiche comme un menthos.

Alors pourquoi pas nous ? Pourquoi pas, en France, au lieu de ce dégueulie de verbiage rosâtre qu’est Plus belle la vie (qui semble être ce que l’on sait faire de mieux en identification personnages/spectateur) une série, juste ça. Un truc bien pondu.

Rassurons-nous. Le soleil semble se lever sur notre beau paysage audiovisuel et les directeurs des programmes qui dirigent hardiment nos petits écrans ont senti judicieusement tourner le vent. Plutôt que de se creuser le citron, voire de juste soulever leurs piles de projets à la recherche de ceux qu’ils y ont enterré, ils se mettent enfin au goût du jour. En adaptant à la sauce français The Office. Merci Canal+ ! Quelle originalité ! Après tout, on vous rétorquera que les Américains ont bien fait la même chose.


Sébastien D. Gendron
© Jowebzine.com - Novembre 2005



PS : pour clore ce renversant chef d’œuvre de fiction, les trois DVD offrent tout un panel de documentaires, best of, interview, making off, clip. Perso, je ne suis pas très bonus, mais on a tellement de mal à quitter David, Tim, Gareth et Dawn…
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