PIANO BLUES
Un documentaire de Clint Eastwood
Wild Side - 2004
Bonus
- Accès direct aux chansons du film
- Affiche du film imprimable
- Filmographie du réalisateur
- Livret 36 pages
- Lien Internet
Monsieur
Eastwood reçoit quelques pianistes dans son studio. Passe
Ray Charles et Dr John. Simple comme le bonheur.
La simplicité, il n’y a que ca de vrai. Pour n’avoir
pas compris cet adage, Wim Wenders nous avait accablé
d’un sinistre pensum (The
soul of a man) où il accumulait tous les poncifs
sur la musique qu’il prétendait servir : le blues.
Initiée par Martin Scorsese, cette collection de documentaires
sur le Blues a permis à chaque réalisateur d’arpenter
une partie du territoire : le blues et les femmes ; le blues
et l’Angleterre, etc. Il y a un cahier des charges qui
consiste à retracer un courant du blues, à montrer
des images d’archives et à faire jouer en direct
des musiciens.
Piano blues est d’une simplicité exemplaire. Jugez
plutôt : Clint Eastwood reçoit quelques bluesmen
triés sur le volet dans un studio. Il s’assied
à côté d’eux, face à un piano,
leur pose quelques questions, les laisse improviser. Le tout
est entrecoupé de ces fameuses images d’archive
qui déterrent de glorieux inconnus ou font appel au gotha
de la musique.
Eastwood n’a pas souhaité que son film sorte en
salles. Il a préféré qu’il accède
au statut de DVD. La forme est très belle. On peut se
plonger dans un livret de 36 pages. De même, en parcourant
le DVD, vous pourrez écouter en entier la plupart des
chansons du documentaire. En ce qui me concerne, si l’un
des plus grands réalisateurs vivants avait décidé
de sortir son film en salles, j’y serais quand même
allé et plutôt deux fois qu’une !
Car, en dehors du plaisir de voir Dr John au piano, deux moments
sont à marquer d’une pierre blanche. Clint discute
avec Dave Brubeck. Celui-ci se lance dans une improvisation
d’une beauté à couper le souffle. L’autre
moment, eh bien, il s’agit de la dernière intervention,
voire des dernières images publiques de Ray Charles.
Regarder ce témoignage d’outre-tombe : Ray Charles
évoquant sa jeunesse et ses influences. Regarder la sympathie
évidente et innée qui naît entre les deux
hommes, cette rencontre de deux dinosaures avant la chute dans
le gouffre… Les mots ne servent à rien. Il faut
le voir tout simplement.
Ce film nous est automatiquement accessible. Et nous établissons
avec lui le même rapport qu’Eastwood entretient
avec les musiciens qu’il interroge. Un rapport d’empathie
et de respect.
Et puis Clint ne désavoue pas sa plus vieille passion.
Il trouve le moyen de nous montrer Art Tatum, Duke Ellington
ou Thelonious Monk. Il intègre le jazz au blues et vice-versa.
Allez, versez-vous un verre raisonnable de bourbon, allumez
une clope ou, si vous avez les moyens, un cigare. Installez-vous
dans un confortable fauteuil et embarquez au pays des vieux
pianistes.