ENNUI
A POMPEI
La mort de la musique rock filmée
façon 2001 : l’Odyssée de l’espace,
le temps de l’enregistrement d’un documentaire sur
un groupe qui de l’aveu même de son célèbre
guitariste David Gilmour ne s’était pas encore
trouvé.
Encouragé par la qualité du classic album consacré
à Dark
side of the moon, j’ai commis l’irréparable
erreur de me précipiter, le jour de sa réédition,
sur ce live at Pompeï que vénèrent encore aujourd’hui
les fans les plus aveugles des Pink Floyd.
Que dire sinon que ce concert justifie à lui seul la
nomination des Pink Floyd parmi les 40 pires groupes rock de
tous les temps par le magazine Rock & Folk. En effet, avec
ce concert soporifique et insupportable de prétention,
les Floyd illustrent à merveille l’inutilité
rock, le néant musical.
Seul Nick Mason, batteur totalement dément et mésestimé,
parvient par moments à maintenir l’amateur rock
éveillé. Mais les performances de cet artificier
des fûts ne peuvent justifier à elles seules l’accession
de ce live at Pompeï au rang de concert culte.
Certes, la réalisation impeccable d’Adrian Maben,
un peu trop calquée il est vrai sur celle de Kubrick
période 2001 : l’Odyssée de l’espace,
peut tromper les gogos abreuvés de plantes hallucinogènes
et ceux qui confondent émotion musicale avec encyclopédie
du gros son. Culte du son qui rapproche nombre de fans des Floyd,
des Tranxen 200 groupe pastiche imaginé par les Inconnus.
Sauf qu’avec les Floyd point de second degré, on
n’est pas là pour rigoler. Les Floyd ne sont pas
là pour bredouiller des chansons aux structures conventionnelles,
ce groupe fait de l’art, soit des morceaux de près
de 10 minutes, privés de toute mélodie et autres
facilités musicales.
Il suffit de voir la suffisance imbécile avec laquelle
Roger Waters répond aux questions qui lui sont posées
dans ce documentaire pour comprendre à quel point ce
groupe avait une haute impression de son "art".
Pourtant, taper comme une brute sur un gong, exécuter
des solos de guitares tous plus pénibles les uns que
les autres, ou faire hurler un chien le temps d’un blues
sans intérêt, ne suffisent pas à faire des
Pink Floyd un groupe d’avant-garde. Heureusement, les
trente ans qui nous séparent de ce concert permettent
de le cataloguer au rang de coquille vide avant-gardiste. Vide
mais affreusement sonore, contrairement aux espaces vides imaginés
par Yoko Ono qui avaient le mérite d’être
silencieux.
Seule véritable consolation, les trop courtes images
des studios Abbey Road et notamment des cantines, permettent
d’imaginer les moments magiques et féconds qu’ont
pu vivre quelques années plus tôt les Beatles dans
ces mêmes lieux.