Excellente
émission diffusée à lorigine par la chaîne
VH1, Classic Albums est depuis quelque temps disponible en DVD chez
Eagle Vision. Pour tous ceux qui nont pas eu la chance de voir
les quelques numéros diffusés par Arte, rappelons que
Classic Albums décortique de façon didactique la réalisation
dune vingtaine de disques qui ont marqué lhistoire
du rock. Lémission consacrée à lélaboration
de Transformer est particulièrement réussie.
Début 1972, Lou Reed sort à peine de son expérience
avec le Velvet Underground. Il a déjà enregistré
un premier album solo, sobrement intitulé Lou Reed qui, en
plus dêtre totalement passé inaperçu, ne
le satisfait pas. Et cest grâce à lexceptionnel
duo Bowie-Ronson qui produit, arrange et joue sur Transformer que
Lou Reed, alors peu connu du grand public va connaître la consécration.
Un court extrait d'une interview de David Bowie, dans laquelle il
déclare : « Je voulais quil cartonne », donne
la pleine mesure de son investissement.
Les motivations de Bowie peuvent sexpliquer par son adoration
envers le Velvet Underground et son mentor Andy Warhol. Ce superbe
document nous éclaire donc un peu plus sur les liens qui unissaient
Lou Reed et Andy Warhol. On apprend entre autres que ce dernier est
lobjet central des textes de Transformer. De la très
belle déclaration damour Andys Chest, aux personnages
inspirés par la Factory contenus dans Walk on the wild side,
en passant par les premiers vers de Vicious, presque tout, dans Transformer,
se rapporte au prince du pop art.
Au niveau purement musical, ce documentaire parvient à percer
dautres secrets. Lou Reed en tête nous démontre
que ses chansons basées sur des accords très simples
ont été magnifiées par les arrangements de Ronson
et de Bowie. Il est vrai quune simple écoute de Satellite
of love jouée par le Velvet, que l'on peut entendre dans la
version remasterisée de 1997 de Loaded (dernier album du Velvet
Underground avec Lou Reed), suffisait déjà à
nous convaincre de limportance du travail des deux producteurs
sur cette chanson. Pour Lou Reed, lefficacité de Satellite
of love est largement due aux exceptionnels churs de David Bowie.
Argument quil démontre en studio, en isolant ces churs
du reste du morceau.
Toujours en studio, Lou Reed arrive à la même conclusion
pour Perfect day, mais cette fois en isolant les splendides arrangements
instrumentaux de Ronson. Dautres séquences sont particulièrement
jouissives, à limage du cours de basse donné par
Herbie Flowers sur Walk on the wild side. Seul regret concernant la
production de Transformer, rien n'est dit sur le son des guitares
rythmiques électriques qui caractérisent tant luvre
de Lou Reed.
Enfin, en dehors des protagonistes directs, dautres intervenants,
tels que des journalistes ou des musiciens qui ont été
marqués par Transformer, nous éclairent sur cet album.
Le plus étonnant dentre eux est peut-être Dave
Stewart qui se montre particulièrement pertinent. Étonnant
en effet dentendre dire par lancien co-leader de Eurythmics,
que la beauté et lémotion ne se mesurent pas forcément
en sur-couches instrumentales. Le même Stewart, en parlant de
mélanges dombres et de lumières, parvient à
bien retranscrire les sensations diffuses et ambiguës que transmettent
des chansons comme Perfect Day.