Monumentale
reconstitution, série d’une crudité rare, fiction
surprenante, Rome sort vraiment du lot ! Surfant sur la mode des films
historiques "en jupettes", la série de Bruno Heller
ne caresse jamais le téléspectateur dans le bon sens
du poil et, franchement, c’est exactement là que se trouve
la réussite de cette saga romaine !
La chaîne privée américaine HBO a toujours eu
la bonne idée de développer des séries étonnantes,
fuyant les conventions et les clichés. Dream on, Les Sopranos,
Oz ou Six feet under, voilà quelques-unes des productions à
succès de la chaîne. Il n’y avait que cette chaîne
pour se lancer dans une série historique au budget de 100 millions
de dollars (en association avec la BBC) qui, en plus, ne lésine
pas sur les tabous de la télévision : le sexe et la
violence !
Ce n’est pas étonnant : parmi les producteurs exécutifs,
se trouve l’âme damnée d’Hollywood, obsédé
par les ambiguïtés de la civilisation, John Milius. Question
rudesse, cet auteur s’y connaît : il est le responsable
du scénario d’Apocalypse now et du film Conan le Barbare.
Brillant scénariste obsédé par le conflit, John
Milius fait souvent peur aux studios à cause de son goût
pour la radicalité et la violence.
Mais Milius est un réaliste : difficile d’être
tendre et mignon lorsqu’il est question de combats, de sacrifice
et de haine ! Donc Rome impressionne par son réalisme. Les
douze épisodes vont dans le sens inverse des règles
du péplum. Rome est une ville crade au bord de l’insurrection.
Les politiciens sont encore moins dignes que ceux d’aujourd’hui.
D’ailleurs, face à la droite ultra-conservative de Bush,
raconter comment la république romaine devient un empire ressemble
à un pied de nez au politiquement correct !
Rome n’est pas une sinécure ! En suivant deux centurions
pris dans les engrenages de l’Histoire, les auteurs ne ménagent
personne. Certaines scènes ne lésinent pas sur l’hémoglobine.
La cruauté de certains met mal à l’aise. Des sujets
délicats comme l’inceste sont traités frontalement.
Et les mœurs amoureuses des Romains ont de quoi déconcerter
! Bref, Rome n’a rien d’un spectacle séduisant
et poli.
La série peut même rebuter le spectateur. Néanmoins
les douze épisodes, en scrutant les arènes du pouvoir,
passionnent. Au-delà des décors et des scandales, il
y a ce casting judicieux avec des acteurs britanniques offrant un
écho shakespearien. La fluidité des intrigues familiales,
politiques et guerrières est exemplaire. Enfin, la production
télé n’a rien à envier à une production
cinéma !
Si vous aimez les séries de qualité, sachez que tous
les chemins devraient vous mener à Rome !