Un film américain de Walter Hill
Avec Keith Carradine
Brion James
Powers Boothe
Fred Ward
CGV - 1981 - 1h39
Des
gardes nationaux se font traquer par des cajuns enragés : voilà
le point de départ de Sans retour, petit film d’action
signé Walter Hill. Une œuvre qui, avec le temps, représente
parfaitement les angoisses de la société américaine
des années 80.
Membres de la Garde Nationale, des soldats participent à un
exercice dans les marécages de la Louisiane. Une troupe de
neuf hommes se perdent et taquinent les Cajuns du coin. Ces derniers
répliquent en tuant le leader du groupe. Avec quelques cartouches,
les autres vont devoir résister aux assauts des locaux et évoluer
dans un milieu hostile…
Il n’y a pas besoin d’être futé pour comprendre
le propos du réalisateur et des auteurs du film. La Louisiane
est une métaphore du Vietnam. Les Cajuns sont aussi ambigus
que les Vietnamiens. En s’installant en Louisiane, l’action
n’apparaît en rien politique et pourtant les gardes nationaux
sont aussi perdus que les GI envoyés à Saigon.
Comme de nombreuses œuvres de l’époque (les films
de Cimino ou de Scorsese), Walter Hill, à son niveau de faiseur
appliqué, soutient une œuvre engagée doublée
d’un constat déprimant sur l’Amérique et
son rapport à la violence.
Moins radical que Délivrance de John Boorman, Sans retour dépeint
sans fioriture la cruauté qui habite l’être humain.
Comme dans les œuvres guerrières de Oliver Stone, Walter
Hill montre le fascisme qui sommeille en chacun de nous. Ses antihéros
sont trouillards, mesquins, névrosés mais ils sont aussi
assez touchants car incapables de se remettre en question. Pour eux,
le rejet, le conflit et le combat sont les seuls moyens d’appréhender
le monde.
C’est d’autant plus grave que le film n’oppose pas
des Américains face au reste du monde, mais des Américains
face à d’autres Américains. On reconnaît
tout le procès social dressé par le cinéma des
années 70. Il est surprenant de le retrouver dans une série
B d’action. Pourtant Sans retour est un film qui identifie l’Amérique
à l’aube de l’ère Ronald Reagan.
Enfin le film, comme celui de Boorman est une réflexion sur
l’état de nature. Ce n’est pas du Rousseau. Cela
reste un solide film d’action, mais la civilisation, représentée
par les soldats, se décompose dans le paysage photogénique
et inamical des bayous.
Sans retour est d’une richesse étonnante et aurait mérité
un DVD fourni, mais, hélas, le film est présenté
sans bonus. En attendant une réhabilitation du film, il faudra
se contenter de cette édition.