Un film français de Alain Corneau
Avec Patrick Dewaere
Myriam Boyer
Marie Trintignant
et Bernard Blier
Studio Canal - 1979 - 1h57
Bonus
- Interviews de Alain Corneau
- Interview de Marie Trintignant
- Présentation de Patrick Raynal
- Filmographies
- Bande-annonce
LOI
DES SERIES
Le meilleur Patrick Dewaere offre au cinéma français
son chef-d'oeuvre de noirceur. Attention, film culte.
Il y a des livres qu'on voudrait que tout le monde ai lu, des musiques
que chacun ai entendues, des films que l'on voudrait voir projetés
sur tous les écrans du monde (et si possible en même
temps). Des œuvres intimement inscrites dans nos mémoires,
ayant provoquées un choc émotionnel tel que notre égoïsme
primaire est balayé par un désir ardent de partager
cette expérience avec l'humanité tout entière.
Généralement cela se résume à saouler
notre entourage en faisant référence, dès que
faire se peut, à l'œuvre en question. Pour ma part il
s'agit de Série noire, un film d'Alain Corneau, et il y a plusieurs
raisons à cela.
Tout d'abord, il y a un roman de Jim Thompson, A hell of a woman (Des
cliques et des cloaques, Folio Policier). Un roman d'une noirceur
absolue écrit par l'un des plus grands écrivains Américains
du XXe siècle. Ensuite il y a un jeune cinéaste fasciné
par l'œuvre de Big Jim, décidé à l'adapter
à l'écran. Ajoutez à cela Georges Perec pour
les dialogues, un Patrick Dewaere au meilleur de sa forme et un Bernard
Blier excellent (comme toujours). Vous aurez peut-être alors
une idée de ce dont je veux parler...
Frank Poupart (Dewaere) est un vendeur au porte-à-porte, l'archétype
du looser, paumé dans une vie qu'il subit, toute la planète
semble s'être liée pour lui gâcher l'existence.
Pourtant, au départ, c'était certainement un chic type
Frank. Qui pourrait lui en vouloir, lui qui se démène
pour ramener quelques sous à la maison, de quoi survivre avec
sa femme, cette pétasse qui n'en finit pas de brailler. Pourquoi
lui en vouloir de croire que tout va s'arranger le jour où
il rencontre cette pauv'gosse, Mona (Marie Trintignant) ? Voilà
Frank embarqué dans une histoire où il y a plusieurs
millions à la clé. Des millions d'emmerdes en fait...
Le film le plus noir du cinéma
Je vous laisse découvrir l'intrigue. Sachez que Patrick Dewaere
est époustouflant, ce rôle lui collera longtemps à
la peau, certainement l'un de ses plus beaux. Voici ce qu'écrit
Jean-Marc Loubier dans sa biographie de Dewaere : "Poupart est
un pauvre type, un déclassé, un futur assassin qui s'ignore.
Patrick le sait et progressivement il devient Poupart. (...) La densité
et la complexité de ce vendeur mal marié, étouffé
par la banalité de son quotidien, l'obligent à s'investir
d'avantage, à en disséquer les moindres mécanismes.
(...) Patrick se donne à fond comme il ne l'a peut-être
jamais fait dans un film. (...) Patrick est devenu ce minable émergeant
de la grisaille du quotidien en tuant pour faire le bien et qui, peu
à peu, sombre dans la schizophrénie." (Patrick
Dewaere, la frayeur de vivre. Jean-Marc Loubier, Michel Lafon. pp.261-262).
En effet, l'acteur le dira lui-même : "En tout cas, ce
qui est sûr, c'est que j'ai laissé des plumes en tournant
ce film. Après, je n'étais plus comme avant. Ça
m'a fait un truc psychologique dans ma tête" (in France-Soir,
26 Avril 1979).
Blier incarne ici l'un de ses plus beaux rôles de salaud, difficile
de faire plus détestable. La rencontre entre les deux acteurs
est une réussite, un véritable choc générationnel.
La toute jeune Marie Trintignant (16 ans) est bouleversante de fragilité,
elle avoue aujourd'hui : "C'est incroyable, ce film !".
10 000 choses font que ce film est une œuvre incontournable.
De peur de vous ennuyer je terminerais simplement en citant Patrick
Raynal, directeur de la Série-Noire qui, à propos du
film, dit : "Peut-être le film le plus noir du cinéma."