A
vingt-cinq ans de distance, le remarquable DVD de Eagle Vision,
revient sur l'une des plus extraordinaires épopées
de l'histoire du rock : l'enregistrement de l'unique album des
Sex Pistols.
Décidément, devant l’excellence et la variété
de ses numéros, la collection Classic Album devrait être
intégrée aux programmes de l’Education Nationale.
En attendant cette improbable révolution, le numéro
consacré à Never mind the bollocks constitue une
formidable séance de rattrapage pour tous ceux qui, comme
moi, pensaient que les Sex Pistols était un groupe composé
de types sans cervelles, justes bon à cracher par terre
en vociférant des horreurs nazies et, surtout, incapables
de jouer une note de musique.
Il est vrai que nous entendons les pires âneries sur ce
groupe étoile filante (deux ans seulement d’existence,
et un seul album produit), qui représente pourtant une
des plus belle épopée du rock. Aussi, ce documentaire
a pour principal mérite, en plus de conter l’enregistrement
de Never mind the bollocks, de mettre fin à de nombreuses
contre-vérités qui gangrènent l’histoire
des Sex Pistols.
En premier lieu, le groupe savait jouer. Seul Sid Vicious, caricature
punk et pourtant tenace figure légendaire et romantique
du rock (une sorte de Che Guevara du rock en quelque sorte)
ne savait pas jouer de sa basse et n’a pas participé
à l’enregistrement de l’album.
Les trois autres membres, soit Steve Jones à la guitare,
Paul Cook à la batterie et John Lydon au chant, ont bien
tenu leur rôle. D’ailleurs, ce dernier, malgré
son image de mégalomane, se révèle ici
comme un personnage attachant, doué d’une intelligence
rare. Au fil des entretiens, John Lydon parvient à user
d’une certaine candeur le temps de conter l’écriture
de God save the queen, tout en faisant preuve de la plus effroyable
crudité au moment de narrer l’histoire sordide
qui se cache derrière Bodies.
En plus du portrait de son leader, ce documentaire nous renseigne
sur les évolutions qui ont façonné les
Sex Pistols. Evolutions qui doivent beaucoup à la personnalité
complexe et controversée de Malcolm McLaren. Cet étrange
manager se présente ici comme un "chef d’orchestre
du chaos" sachant attiser et "promouvoir" les
tensions entre les membres de son groupe.
Le documentaire met aussi l’accent sur les dérapages
qui, comme lors de l’émission de télévision
Bill Grundy Show ("Le début de la fin" selon
Steve Jones), ont peut être coûtés la carrière
des Sex Pistols. Sans oublier les regrets, dont notamment le
remplacement à la basse de l’excellent Glen Matlock
par Sid Vicious. Grave erreur avouée piteusement par
un Steve Jones rempli de regrets, puisque Glen Matlock est à
l’origine de plus d’un classique du groupe. Il cosigna
notamment les paroles de Submission, et est l’auteur du
riff de God save the Queen. Il est d’ailleurs amusant
de voir le premier bassiste des Sex Pistols expliquer les origines
de son inspiration. Glen Matlock ne s’étant pas
privé de décalquer certains riffs, plans ou même
des structures complètes sur des chansons de ses idoles
(Small Faces, Doors, The Beatles). Un recyclage qu’il
assume ici non sans une certaine touche d’ironie.
Un documentaire étonnant que tous les fans de rock devraient
posséder, d’autant que de nombreux extraits de
concerts exceptionnels sont visibles dans les bonus.