Un film américain de Atom Egoyan
Avec Kevin Bacon
Colin Firth
Alison Lohman
David Hayman
et Rachel Blanchard
TF1 Vidéo - 2005 - 1h42
Polar
très chaud et pas gratuit, La vérité Nue dégage
un parfum vénéneux et envoûtant.
En 1959, Lanny Morris et Vince Collins, deux comiques qui ne sont
pas sans évoquer Jerry Lewis et Dean Martin, animent un téléthon
en faveur d’enfants victimes de la poliomyélite. Le lendemain,
on retrouve dans la suite de leur hôtel le cadavre d’une
jeune fille nue, dans la baignoire. Leur duo ne survivra pas à
un tel scandale.
Quinze années plus tard, au cœur des années 1970,
Karen O’Connor, jeune journaliste pugnace mène l’enquête
avec d’autant plus d’ardeur qu’elle a participé
au téléthon, en tant que petite fille victime de la
polyo.
Karen découvrira à son corps défendant, si l’on
ose dire, que la vérité est particulièrement
rétive aux confidences. Sans compter qu’une vérité
en cache souvent une autre. On peut se brûler les ailes à
déterrer des scandales.
Servi par des acteurs formidables (Kevin Bacon, Colin Firth et la
mignonne Alison Lohmann), ce film effeuille les dessous d’Hollywood
et nous plonge dans une piscine sans fonds.
Atom Egoyan est un grand cinéaste canadien, d’origine
arménienne qui a déjà réalisé Exotica
ou De beaux lendemains, films qui abordaient déjà le
thème de La vérité nue. Dans un univers américain
modelé par le puritanisme, la sexualité fonctionne tellement
comme un défoulement hors de la norme qu’elle fait exploser
les apparences. Les monstres sont en nous et nous les appelons monstres
parce qu’ils nous ressemblent.
À la différence de ses précédents films,
la structure de La vérité nue, malgré ses allers-retours
entre le présent et le passé, est assez linéaire.
Atom Egoyan nous livre un polar de la plus belle eau.
Egoyan est cinéphile et il reprend des thématiques qui
font penser notamment à Pas de printemps pour Marnie d’Alfred
Hitchcock. Ces films hollywoodiens où la sexualité n’était
pas explicite, mais imprégnait littéralement l’écran.
Les temps ayant changé, Egoyan nous en montre plus sur les
troubles du corps qu’on ne le faisait dans les années
1950. Il reprend donc le flambeau des films noirs.
D’autre part, une partie du film se déroulant dans les
années 1970 à Los Angeles, plane le fantôme de
Brian De Palma.
Bref, on pourrait croire à un film sous influences et on aurait
raison. Mais cela n’empêche pas La vérité
nue d’être le film personnel d’un auteur. Cela nous
ramène d’ailleurs à l’époque bénie
où les réalisateurs étaient capables de faire
des films de commande ET des œuvres personnelles en même
temps.
Ce film, passé à la trappe lors de sa sortie, mérite
une seconde chance.