| Même
s'il y a beaucoup de choses à en dire, la restauration
et ressortie de Vertigo est une formidable occasion de se replonger
dans le chef d'œuvre d'Aalfred Hitchcock.
John "Scottie" Fergusson, policier de San Fransisco,
se voit confier par un ami la surveillance de son épouse
aux tendances suicidaires. Hélas ! Scottie souffre
de vertige. Cette phobie ne l’aidera pas dans sa tâche,
ni dans l’histoire qui en découlera, à
la poursuite invraisemblable de la belle et ténébreuse
Madeleine.
En 1996, les studios Universal se lancent dans la restauration
d’un des plus grands films d’Hitchcock, Vertigo,
pour le meilleur et pour le pire. Ce qu’il y a de bien
avec les restaurations de films américains, c’est
qu’il y a toujours beaucoup d’argent disponible
pour les produire (ici, un million de dollars). L’ennui,
c’est cette même somme d’argent. On imagine
bien que Universal n’a jamais été un mécène
et qu’un million de dollars investi ne l’est jamais
sans un solide plan média destiné à en
rapporter le quadruple.
Donc voici en DVD, après sortie mondiale en salle,
la version restaurée de Vertigo et sa cohorte de bonus,
dont un documentaire à la gloire des restaurateurs
qui prennent une demi-heure fouillie pour nous expliquer "comment
ils ont fait, comment c’était bien de faire et
comment c’est qu’on fait pour faire aussi bien",
tout ça encadré par deux commentaires introductif
et conclusif du maître Scorsese (qui au passage ne parle
jamais de la restauration dont il est question mais seulement
du film), et tout ça pompeusement arrosé d’un
très fébrile "Hitchcock n’a finalement
jamais vu Vertigo dans sa version originale (sous-entendu
la notre) et c’est sûr qu’il l’aurait
adorée" (sic !).
Or, ce qui frappe en premier, hélas ! dans cette version
restaurée donc, ce n’est pas le magnifique travail
de nettoyage de l’image vista-vision d’origine
reportée sur du 70 mm qui redonne toute sa dimension
au film après des décennies de pan and scan
(2) télévisuel. C’est le retravail du
son ! Et ils s’en vantent, nos deux trublions Kats et
Harris, très fiers de nous avoir re-bruité tout
ça, tout boosté à la sauce DTS, prêt
tout chaud tout mou pour nos home cinéma bien affûtés.
Alors, on assiste impuissants à cette première
séquence, la poursuite sur les toits, tourné
dans les studios de Burbank en 1957, et on entend ces coups
de feu issu de la technologie numérique des années
90 et ça fait comme de regarder du Chaplin en écoutant
du Van Halen : on peut le faire, aucun texte de loi du bon
goût ne l’interdit, mais ça coince quelque
part. Et tout est du même acabit : surbruité,
surbruyant, même Scottie marchant sur la moquette de
la chambre d’hôtel de Madeleine devenue Judy,
repliant son journal, venant s’asseoir sur le lit, fait
trop de bruit pour si peu de mouvements.
Une restauration à la sauce américaine n’est
pas un coup de peinture à la légère.
C’est un investissement. En voilà la preuve,
appuyée par, en plus, un commentaire audio des deux
ouvriers, en option (je n’ai jamais eu la patience de
me livrer à ce genre d’exercice, je laisse ceux
que ça amuse seuls juges).
En dehors de ça, et puisque c’est vraisemblablement
l’unique édition qui existe à ce jour
de Vertigo en DVD, je ne saurais trop vous encourager à
ne pas écouter mes remarques gonflantes de pseudo-cinéphile
pointilleux et à revoir ce chef-d’œuvre
dans lequel, en dehors du maître Hitch, quelques autres
talents et vieux compagnons de route de l’Anglais, se
taillent des parts royales : les robes qu’Edith Head
confectionna pour une Kim Novak émulsive, le générique
de l’immortelle Saul Bass, les effets visuels de Robert
Burks (combien ont pillé à ce jour le plan de
l’escalier), la musique de Bernard Hermann et surtout,
bon sang, l’incroyable regard d’épagneul
sadisé de James Stewart au sommet anapurnesque de son
art.
Détendez-vous, le reste c’est de la littérature
d’excité.
Sébastien D. Gendron
© Jowebzine.com - Novembre 2003
(1) Navré de snober ainsi le titre français,
Sueurs Froides, mais il m’est impossible d’utiliser
cette gabegie. On aurait au moins pu prendre le titre original
du roman de Boileau-Narcejac, D’entre les morts, si
c’était la version anglaise qui gênait
à l’époque.
(2) Le pan and scan est un procédé américain
qui permet de reformater une image cinéma allongée
type cinémascope en format carré télé
(combien n’ont jamais compris les douze premières minutes
d’Il était une fois dans l’Ouest parce que les
deux protagonistes du duel se trouvaient trop à droite et
à gauche dans le cadre d’origine ?)
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