Un dessin animé français
de Michel Ocelot
Avec les voix de Patrick Timsit
Cyril Mourali
Karim M'ribah
Hiam Abbass
et Fatma Ben Khell
Diaphana - 2006 - 1h39
Que
les admirateurs, petits et grands, du futé petit Kirikou se
réjouissent : Michel Ocelot est de retour avec un quatrième
film et deux nouveaux personnages qui n'ont pas fini de nous faire
rêver.
En laissant Kirikou
au cœur de son Afrique natale, Michel Ocelot a franchi une étape
presque aussi importante que le passage à la 3D qui caractérise
son nouveau film : Azur et Asmar. Mais l'essentiel n'est pas là.
Cette nouvelle production marque surtout une avancée significative
sur la voie de son ambition créative. Fini le temps des facéties
amusantes mais un tantinet simplistes de l'enfant débrouillard
et courageux.
Avec son nouveau long-métrage, Michel Ocelot s'attaque à
des thèmes autrement universels et urgents : "Le sujet
qui me tenait le plus à cœur ? Tous ces gens qui se détestent,
qui se font la guerre. Ils ont été élevés
comme ça ? (…) J'ai pensé à la vie quotidienne,
en France, et dans le monde. Il ne s'agissait pas de traiter d'une
guerre déclarée, mais d'une animosité ordinaire,
entre citoyens de souche et citoyens récents, et, poussant
plus loin, mais parallèlement, entre Occident et Moyen-Orient.
J'avais mon sujet ! Une réalité brûlante, à
traiter en conte de fée merveilleux."
C'est ainsi que sont nés Azur (blond aux yeux bleus, fils du
châtelain) et Asmar (brun aux yeux noir, fils de la nourrice),
frères de lait dans l'Occident du moyen-âge, élevés
par la même femme… et brutalement séparés
par la cruauté des hommes. Mais Azur, marqué par la
légende de la Fée des Djins que lui racontait sa nourrice,
n'aura de cesse de la retrouver, au-delà des mers. Les deux
frères de lait réunis rivaliseront d'audace pour réaliser
leur rêve d'enfance et iront à la découverte de
terres magiques, recelant autant de dangers que de merveilles...
Véritable conte des mille et une nuits, l'histoire imaginée
par Michel Ocelot est le prétexte rêvé pour déployer
une luxuriance graphique que l'on a rarement eu l'occasion d'admirer
au cinéma. Chaque plan, chaque décor est l'objet d'un
travail fabuleux sur les détails, les couleurs, les harmonies
enchanteresses. On se délecte de la vision des palmeraies multicolores,
des palais resplendissants et des costumes fastueux.
Mais ce déploiement d'atours n'est jamais là pour cacher
une quelconque faiblesse du scénario ou des dialogues. Au contraire,
le propos est tout à fait contemporain et jamais larmoyant
ni facilement moralisateur. C'est même là le cheval de
bataille du réalisateur qui déclare, à qui veux
l'entendre : " Je ne fais jamais de films pour les enfants, car
les enfants n'ont rien à faire de films qui sont pensés
uniquement pour eux ! Les enfants ont besoin d'apprendre le monde,
de découvrir de nouvelles choses. Mes films sont faits pour
toute la famille et je suis ravi de réunir tout le monde. Il
y a certaines choses que je ne dis pas crûment, parce qu'il
y a des enfants dans le public, mais je dis tout."
Le racisme, l'intolérance, le rapport de force entre les forts
et les faibles, la barrière de la langue (lorsque les personnages
s'expriment en arabe à l'écran, leurs propos ne sont
pas-sous-titrés), les croyances et les superstitions. Tous
nos travers "trop humains" sont passés au crible
de la créativité d'un Michel Ocelot inspiré.
Et si, malgré toutes les vertus exposées dans les lignes
qui précèdent, il vous fallait un argument supplémentaire
pour vous décider à aller voir en famille voir Azur
et Asmar, ce serait la Princesse Chamsous Sabah : elle n'est pas merveilleuse,
elle est IRRESISTIBLE !