Textes, chansons, illustrations : François Place
Musique, illustrations sonores : Christian Mesmin
Editions Thierry Magnier
Pas
bateau le scénario ! Une attachante histoire en chansons,
pleine d’aventures marines, d’amour, de rêve
et d’écologie. Hisse-haut : suivez le p’tit
Léo !
Parmi les bibelots à connotation maritime énigmatiques
(et il y en a beaucoup !) il en est un qui - à mon sens
- tient le pompon : je veux parler du bateau miniature enfilé
dans une bouteille. Cela fait quarante ans que j’attends
ma réponse à ces deux questions fondamentales
: pourquoi et comment ? Pour la poire dans la bouteille d’eau-de-vie,
ma grand-mère m’avait expliqué : on l’introduit
par le goulot dès son plus jeune âge, sur l’arbre,
et elle grossit dans la bouteille. OK, logique. Mais un bateau...
Il n’en demeure pas moins que c’est un bateau dans
une bouteille que notre petit Léo a décidé
d’offrir à son amie Amandine, qui l’a gentiment
invité pour les vacances. Il prend le train pour la rejoindre,
avec son cadeau sur les genoux ... Quand tout à coup,
une grosse voix le hèle. Elle vient du pont du bateau
où gesticule un drôle de petit bonhomme. Léo
ouvre le bouchon. Et le voilà qui comme Alice rapetisse
: happé à l’intérieur, il se retrouve
face au barbu à rayures qui l’appelait : "Salut
Léo, je suis Barbababor, capitaine de l’Albatras,
je t’embauche comme mousse et nous partons à la
chasse au trésor". Tout cela fait déjà
beaucoup de péripéties en peu de temps. Et pourtant,
ce n’est que le début du début.
Alors déjà, pourquoi ce nom de Barbababor ? Eh
bien simplement parce que notre marin la porte à gauche.
Comment ça, quoi ? Mais la barbe, voyons. Et tiens, puisqu’on
en parle : d’où ça vient d’après
vous "babord" pour dire gauche et "tribord"
pour dire droite ? Eh bien c’est par rapport au mot batterie
qui était généralement inscrit sur la batterie
du bateau, donc, face à la barre : pour être sûr
de ne pas confondre sa droite de sa gauche, on tournait la barre
vers "ba" pour aller à gauche ou "terrie"
pour aller à droite. (NDLR : ce petit intermède
est destiné à vous prouver que la rubrique ENFANTS
de Jowebzine.com est, elle aussi, source de culture...)
Bon, en route ! En route, en route, en route. C’est une
façon de chant de marin qui nous emporte. Boum, l’Albatras
heurte Babalina la baleine mirote qui l’avait pas vu,
elle attrape une bosse à la tête. Dommage, car
ça lui a fait oublier le secret qu’elle venait
annoncer à son ami Barbababor. Là-dessus, une
marée noire, des tankers dégueus, la baleine empoisonnée,
la colère de Neptune, l’Albatras déglingué,
Léo emporté par les flots, échoué
sur une île, retrouve ses amis, l’Albatras rafistolé
par les très folkloriques rebouteux d’la marine,
la route vers le trésor volé par le frère
jumeau de Barbababor, un sale pirate nommé... Barbatribor
(je ne vous ré-explique pas pourquoi), cap vers la Patagonie,
la bosse guérie à l’eau de pluie et... le
secret apparaît.
Le train entre en gare. Léo ouvre les yeux. Amandine
l’attend sur le quai. Il lui offre la bouteille. Elle
avait déjà la même à la maison...
Belle initiation à la poésie et à l’écologie
à la fois, toute cette captivante histoire est ponctuée
de treize chansons dignes de ce nom, accrocheuses, visitant
des tas de styles musicaux : chant de marin, rock, biguine...
On est très loin du ton gnangnan généralement
adopté pour les enfants. Et le livre mis en images, par
les très belles aquarelles de François Place (connu
comme illustrateur et auteur de BD), fait de l’ensemble
une véritable réussite à recommander aux
parents et aux enfants. Pour lire, pour regarder, pour écouter,
pour discuter ensemble.