Un film d’animation français
de Jean-François Laguionie
Gébéka Films - 2004 - 1h25
TIENS
BON LA BARRE ET TIENS BON LE VENT
Au début du XIXe siècle, un jeune apprenti pirate
nous embarque pour un splendide voyage initiatique à
la vie, avec trésors à la clé. À
voir absolument.
C’est l’histoire d’un voyage. Celui d’un
jeune garçon qui ne connaît rien à la vie,
enfermé qu’il est depuis toujours dans une forteresse-orphelinat
des côtes grises de la Cornouaille. Tout ce qu’il
connaît du monde, ce sont les récits de pirates
que le vieux Maître Forbes (Michel Robin) vient raconter
aux gosses-détenus au lieu de leur faire la classe. Notamment
les aventures de Black Mor, terrible détrousseur de navires,
disparu, comme tout bon pirate digne de ce nom, avec le secret
de son considérable trésor. Du coup, qu’a
donc décidé notre Kid de faire dans la vie ? Black
Mor, bien sûr ! Surtout qu’il a récupéré
une carte au trésor, échappée un soir d’entre
les pages du vieux livre du conteur. À son tour, donc,
de s’échapper, en sautant de la fenêtre à
la mer...
La mer, personnage principal du film. La mer et tout ce qui
va avec : les ciels tourmentés, le vent, la pluie, les
horizons, les bruits... et les bateaux. Le dessin - proche de
la "ligne claire" de la BD -, les trognes des personnages,
les couleurs, les bruitages - clapotis du roulis, vent dans
la toile, frottement des haubans, crissement des cordes à
la manoeuvre -, les ambiances intenses et variées, tout
est ici d’un rendu artistique particulièrement
original et touchant, amplifié par un magnifique accompagnement
musical (signé Christophe Héral) d’inspiration
romantique où Brahms, Ravel et Debussy sont finement
suggérés.
Kid, intrépide et sans foi ni loi, s’acoquine avec
McGregor et La Ficelle (Jean-Paul Roussillon et Jean-François
Derec !) - deux pieds nickelés de grand chemin dont la
tête est mise à tout petit prix - pour voler un
magnifique Cotre (joli voilier rapide à un mat, grand
voile, foc et trinquette) où un Africain découvert
prisonnier dans la soute les aidera à naviguer. Naturellement
j’arrête là de vous raconter le scénario,
mais je pense que vous avez compris que tous les ingrédients
pour une bonne dose de palpitantes aventures sont réunis.
Il serait toutefois dommage d’oublier de citer l’apparition
inattendue d’une jolie fille à bord, qui finira
d’armer notre jeune Kid pour la vie, en lui prouvant qu’on
peut aussi ouvrir un cœur sans coupe-choux.
Mais bien au-delà de cet attachant - mais relativement
"classique" - déroulement, c’est le sentiment
du voyage en mer, tel qu’il est ici offert par l’image,
qu’on retiendra. Toute la force et l’émotion
des gréements dans la brise est ici rendue avec une poésie
et une finesse inédites. Les voiles faseillent, se gonflent,
tournent avec un saisissant réalisme et on prend un plaisir
énorme à admirer la manœuvre universelle
de l’homme vers son destin au gré du vent.