Ne
pas se fier aux apparences : le danger n’est pas toujours
là où on le dit ! C'est ce que nous apprend ce
magnifique roman humaniste de Didier Daeninckx.
Une fois n’est pas coutume : j’ai décidé
de vous raconter ma vie !
Ma petite famille et moi-même avons décidé
de passer quelques jours de février sous les tropiques
africains. Me voilà donc parti avec ma fille à
l’Institut Pasteur pour quelques vaccinations obligatoires.
Et qu’est-ce qu’une piqûre et qu’une
file d’attente de deux heures face à quelques jours
inoubliables ? Malgré cela, et malgré les affiches
prévoyantes et de bons conseils, l’ambiance est
déjà à l’aventure et aux découvertes.
Comme toujours, j’avais deux ou trois livres dans mon
sac, et en ai proposé un à ma fille pour "passer
le temps". Et je vois mon Agathe, qui me fait son grand
numéro de charme pour que ce soit moi qui lui lise les
111 pages de L’enfant du zoo ! C’est vrai, je ne
me suis pas fait prier longtemps ! Bien installés, nous
voilà partis dans cette belle aventure…
Juin 1931, Eve a la chance de pouvoir partir en voyage à
Paris. C’est la première fois qu’elle quitte
Laval et a hâte de prendre le train, de découvrir
la capitale et, surtout, de visiter la grande exposition Coloniale
(son oncle est l’un des organisateurs de cette grande
manifestation). Arrivée sur place, elle n’est pas
déçue et reste émerveillée par les
couleurs de l’Océanie, des îles Caraïbes,
du Cambodge, du souk de Marrakech et aussi surtout par les animaux
du zoo.
Plus loin, une pancarte indique : "Anthropophages de Nouvelle-Calédonie".
Elle interroge ses parents qui lui expliquent qu’il s’agit
d’hommes mangeurs d’hommes. Eve est incrédule
et bouleversée, mais attirée par sa curiosité,
elle "va voir". Derrière la grille, un garçon
de son âge s’approche, et très vite lui explique
qu’il n’est pas cannibale, et que c’est le
curé de Canala qui lui a appris le français, que…
Une amitié les lie immédiatement, mais il faut
partir et laisser Ïataï derrière ses grilles
tel un animal féroce… Eve rentre révoltée
!
Révolté et inquiet, je l’étais aussi
en entamant ce roman qui semblait prôner des thèses
colonialistes et racistes. Et puis très vite on s’aperçoit
que l’auteur nous met dans la peau d’Eve - le fait
que ce livre soit écrit sous forme de journal y est certainement
pour quelque chose. Très vite on s’aperçoit
au contraire qu’il s’agit là de combattre
les stéréotypes, les idées toutes faites,
et qu’il s’agit d’un encouragement à
faire ses découvertes par soi-même, à se
forger sa propre opinion sur le monde et les autres.
Ajoutez à cela une très belle histoire d’amitié
concoctée sous l’écriture de Didier Daeninckx
jouant avec les mots avec délice, faisant preuve d’une
grande poésie et manipulant son lecteur avec hardiesse.
Et puis, on ne peut oublier les illustrations omniprésentes
de Laurent Corvaisier qui ajoutent à la qualité
de cet ouvrage par leurs couleurs, leur précision, leur
nombre et leur simplicité apparente.
Vous l’aurez compris, L’enfant du zoo - qui s’adresse
à des lecteurs de plus de 9 ans - est d’une qualité
rare. Il est l’occasion d’un beau voyage, de belles
émotions et de bonnes réflexions !
Mais avec tout ça, le temps est passé… Voilà
qu’on nous appelle pour le vaccin, voilà que notre
périple s’amorce : cette visite à l’Institut
Pasteur restera un merveilleux souvenir !