Untitled Document
 

     eXPoS
 
CINQ MILLIARDS D’ANNEES
Palais de Tokyo - Paris

Jusqu’au 31 décembre 2006
L’exposition inaugurale du nouveau directeur du Palais de Tokyo, Marc-Olivier Wahler, entrechoque les œuvres et les idées, compresse le temps pour mieux l’accélérer.


Happé dès l’entrée entre deux murs convexes de lumière, tunnel d’énergie noire conçu par Lang et Baumann, le visiteur s’enfonce dans une pénombre ouatée, déchirée par la structure d’acier aérienne et tourbillonnante de Vincent Lamouroux, lacérée par le wall-painting hypnotique de Philippe Decrauzat. L’œil vrille, découvre une moto sur laquelle des bougies fondent et implorent (Mark Handforth), avant de succomber à la danse au rythme de Pi des néons de Morellet. Ils caracolent sur le mur et se poursuivent, tandis que nous poursuivons notre voyage, troublé par des bruits incongrus dont on se demande d’où ils viennent, avant de s’arrêter net devant le chimpanzé somnambule de Tony Matelli, qui effraye et intrigue, qui mime aussi l’étrange réalité à laquelle nous convie l’exposition.

Les émotions se succèdent, au rythme d’une Seconde, une Année, salle présentant des œuvres qui s’activent de manière totalement aléatoire, où l’on craint autant que l’on espère la chute des bouteilles en verre, l’explosion de la valise, l’allumage d’une ampoule ; au rythme de la sculpture animée de Kristof Kintera, dont on s’approche silencieusement - pourquoi ce petit bonhomme est-il ainsi tourné contre le mur ? Punition ? Jeu ? - avant d’être le témoin de sa brusque activité : se cogner violemment la tête, au risque de la perdre, au risque de nous terroriser.



Et soudain : rupture.
Le temps flotte, et à la frénésie de certaines œuvres viennent se superposer les Branches d’Urs Fischer. Suspendues, elles tournent lentement sur elles-mêmes, et les bougies posées sur leur extrémité tracent au sol deux cercles de cire. Magie noire, lyrique et solennelle, l’œuvre se consume tandis que le visiteur, apaisé, pénètre dans l’une des expositions personnelles qui prennent place dans le programme de Cinq Milliards d’Années.

O, de Zilvinias Kempinas. O, boucle magnétique, Oméga d’une œuvre d’épure et de grâce. Une bande magnétique de plusieurs mètres flotte dans les airs simplement mue par le souffle de ventilateurs posés au sol. Nous sommes pris dans le cercle aérien de cette chorégraphie minimale, cerné par le fil ténu de la bande magnétique, captivé par les pleins et déliés de cette écriture évanescente, subjugué par ce film sans image, par l’extrême simplicité de l’installation. Le vide de la salle d’exposition résonne du silence et des mouvements de cette histoire d’O, et c’est là une expérience mémorable, crée pour durer cinq milliards d’années.


Perrine Le Querrec
© Jowebzine.com - Octobre 2006
Untitled Document













Untitled Document
Copyright © 2001-2006 - Tous droits réservés