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AFRICA REMIX
Centre Pompidou - Paris

Du 25 mai au 8 août 2005
Malgré son titre, cette exposition n’explore pas le continent africain mais celui de l’art qui, ici, assume son rôle militant, réactif et engagé. L’appellation Africa Remix, qui évoque un fourre tout et laisse entendre qu’il existerait une "africanité" de l’art, semble totalement erronée.


Les 83 artistes exposés investissent de vrais sujets et c’est sans doute la présence de ce "fond" qui confère à l’exposition sa qualité supérieure.

Nous progressons à travers un foisonnement. Foisonnement de formes d’expression : peinture, vidéos, installations, sculptures. Foisonnement de nationalités : africaines certes, mais aussi les exilés, qui vivent et travaillent à New York, à Paris, à Londres, aux Pays-Bas, en Allemagne. Foisonnement de créativité et de réflexion.

Le regard s’en trouve dessillé.

Avant même de commencer l’analyse des œuvres, de vouloir les placer sur le fil de l’Histoire de l’art, il faut regarder, abattre les murs de convenances, passer les obstacles. Symboliques comme ceux qui barrent l’œuvre d’ouverture de Mounir Fatmi (Obstacles, 2003, parcours équestre) et qu’il faudra bien franchir si l’on veut avancer. Réels et quasiment inébranlables, comme ceux érigés par nos regards et nos sens gavés d’œuvres conformistes, celles qui fixent prix, tendances, lignes de conduite et de pensée.

A l’opposé des œuvres pourries de superficialité, comme celles qui s’épanouissaient à l’exposition Dyonisiac (ou l’art de remplir les creux, d’exploiter le vide, de titiller le néant), Africa Remix apporte une pensée, une pensée et une recherche qui se bâtissent sur une réalité complexe, violente, d’exode et de guerre, de marginalité et de vie, et qui génère des œuvres palpitantes.

La complaisance et l’intellectualisme vain se heurtent ici à l’euphorie d’être enfin étonné, en éveil, à l’écoute.

Dans le désordre, et comme autant de trésors glanés après une première visite, citons :

- le diptyque photographique d’Ingrid Mwangi (née à Nairobi en 1975 et vivant en Allemagne) : deux ventres, deux empreintes de cartes : l’Afrique, blanchie sur une peau noire, Bright dark continent, l’Allemagne, noire sur une peau blanche : Burn out country,

- les Wallpaper de Ghada Amer, grands formats à l’acrylique où les broderies s’entremêlent et se dévident sensuellement en étreintes, baisers et fils de couleurs,

- la vidéo projetée au sol de Myriam Mihindou, Folle, 2000, et ce pied nu qui ne peut franchir la ligne tracée sur la terre rouge, qui se pose et se retire, qui hésite et vacille, qui sollicite toute notre attention et nous pousse à tenter, nous aussi,

- les deux chapelles d’Amal Kenawi et Abd el Ghany Kenawy, avec en leur chœur les projections d’une mariée aquatique, qui s’habille et s’embrase, à contre courant,

- la coque de bateau de Barthélemy Togo, cathédrale de bois et de cartons, invitation au voyage rythmé par la furie et l’érotisme des ses aquarelles,

- les photomontages de Wangechi Mutu, exécutés sur feuilles de Mylar, et donc comme absorbés par un blanc laiteux et trouble, qui ajoute encore à la bizarrerie des corps patchwork,

- le salon suspendu au plafond de Wim Botha où l’on circule en retenant son souffle, toutes charpentes, idéologiques comme de bois, ne tenant qu’à un fil,

- la tenture imposante de El Anatsui, majestueux assemblage de capsules métalliques, vague déferlante scintillante.

Il faudra y retourner, poursuivre l’exploration, méditer et se laisser encore surprendre.


Perrine Le Querrec
© Jowebzine.com - Juin 2005
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