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ROGER BALLEN

Bibliothèque Nationale de France
Site Richelieu
58 rue de Richelieu
75002 Paris

Jusqu’au 21 mai 2006
Avant d’évoluer vers une recherche artistique, le photographe sud-africain Roger Ballen - dont le travail est présenté à la BNF, site Richelieu - a commencé par des séries de portraits de ce que l’on pourrait appeler des "cas sociaux", véritables documentaires effectués au gré de ses missions en tant que géologue.

Dans la 1re salle - intitulée Les visages - nous sont présentées de véritables gueules cassées ; chaque modèle est seul, adossé à un mur, pris au flash comme pris au piège, comme acculé à montrer son visage.

On est saisi en entrant dans cette pièce par les figures difformes de jumeaux ayant chacun un long filet de bave aux lèvres.

Les portraits présentés sont sans compromis : les personnages ne sont absolument pas mis en valeur ; au contraire, le photographe les immortalise avec leur animal de compagnie (un chiot dont on se dit qu’il ne survivra pas longtemps à ce traitement-là, un rat blanc immaculé dans les mains crasseuses d’un clochard…), ce qui renforce le côté bestial de l’individu tel ce bonhomme qui finit par ressembler à son cochon préféré qu’il tient dans ses bras.

Les images sont dérangeantes, saisissantes mais finalement émouvantes. Elles ne prêtent pas à rire ni à la moquerie mais à un respect de l’individu, aux delà de nos (de sa) différence(s).

Dans la 2e salle - Le labyrinthe - la mise en scène devient plus présente. Roger Ballen ne se contente plus du modèle lui-même, mais insère dans l’image des objets hors contexte : fils de fer, masques, voire sculpture.

On sent qu’il fait prendre des poses aux modèles, les incite (les force ?) à adopter des postures improbables qui ne sont pas les leurs, qui ne semblent pas naturelles.

On regrette le manque d’explication sur le processus de prise des clichés et sur le travail en amont. Les modèles sont-ils impliqués dans la création ou se contentent-ils de faire ce qu’on leur demande ? Qui commet les dessins naïfs que l’on voit sur les murs ? Le photographe respecte-t-il son modèle ?

Toujours est-il que ce n’est plus du portrait : l’individu a quitté le devant de la scène ; d’ailleurs dans certaines pièces, le corps n’est présent que sous une forme fragmentaire (ici un pied, là une main).

On quitte le témoignage pour entrer dans le domaine de la nature morte, de la mise en scène dans laquelle les modèles évoquent plus des animaux de cirque qu’un individu respecté, un modèle à part entière.

L’artiste affirme que les "tableaux" photographiés pourraient être intégrés tel quel dans une exposition d’art. On voit cependant mal l’intérêt qu’il y aurait à présenter ces fades natures mortes, ces installations au goût de déjà-vu (surtout quand on s’aperçoit que ce travail est récent).

La dernière salle - L’autre côté - présente des travaux contemporains (2003) qui semblent remettre l’individu au centre de la photographie. Si la mise en scène est toujours perceptible, elle est moins présente : on se limite à la présence de fils de fer dans le décor. Mais une question subsiste : pourquoi une telle obsession du fil de fer ?

On peut finalement regretter que Roger Ballen n’aille pas plus loin dans l’épure et ne revienne pas à ses premières amours, à savoir une photographie brute de brutes.


Thibault Dablemont
© Jowebzine.com - Avril 2006



Site : expositions.bnf.fr/ballen
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