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51E BIENNALE DE VENISE

1re partie
Giardini della Biennale,
Arsenal et divers lieux

Jusqu'au 6 novembre 2005
Les promenades vénitiennes sont toujours marquées par la surprise. Celle crée par les visions soudaines de l’eau, des palais, des couleurs, celle enclenchée par les brusques changements : de directions, de terrains, d’horizons, et aujourd’hui celle imaginée par les deux directrices artistiques de la 51e Biennale, Maria de Corral et Rosa Martinez, qui ont essaimé à travers la Cité les pavillons nationaux et leurs œuvres.



C’est ainsi que débutera pour moi la découverte des artistes exposés, par un virage entre deux canaux, quelques pas sonores dans une ruelle, et sur un pont étroit une affiche indiquant le pavillon Lituanien, et l’installation vidéo de Jonas Mekas : Célébration du petit et de l’individuel au temps, journal filmé où se croisent le quotidien, les rapports d’amitié et toutes les figures de l’avant-garde new-yorkaise.

A partir de là, plus aucune promenade n’échappera à la brusque découverte, dans les prisons (où est installé le pavillon chinois, tout tendu de peinture rouge, brillante sur les épais murs noirs), dans les églises, les palais, sur les façades tombant à pic dans la lagune, de manifestations artistiques.

Le tissu de Venise se fend, accueille ces installations, ces modes d’expressions souvent très pointus techniquement, et le rapport singulier des architectures antiques et des œuvres contemporaines impressionnent fortement et durablement notre rétine sensible.

Ainsi au premier étage de la Fondazione Levi, Palazzo Giustinian Lolin, se trouve l’installation de l’Iranienne Mandana Moghaddam : un énorme cube de béton suspendu au plafond par des cheveux tressés, dont on se demande avec inquiétude s’il ne va pas s’écraser sur le sol du Palais, broyer les plafonds peints de fresques, si cette force féminine tiendra sa périlleuse promesse.

Force est d’ajouter ici que jamais Biennale ou manifestation artistique n’accueillit autant d’artistes femmes, ce qui influe énormément sur le contenu des œuvres et les sensations éprouvées.



Ainsi, en l’Eglise San Stae se déroule le film du Paradis terrestre, la projection de l’artiste suisse Pipilotti Rist : Homo sapiens sapiens, 20 minutes d’un bonheur absolu. Couché sur des matelas doux et chauffants, le public est invité à regarder une fresque vivante projetée au plafond, deux Vénus blondes et nues courant et dansant, marchant délicatement au-dessus de nos têtes, se penchant parfois pour nous sourire et nous observer, comme elles observent la nature, ici merveilleuse, originelle et sensuelle, et tandis que les jeunes filles écrasent des fruits entre leur seins, la pulpe coule sur nous, l’eau bouillonne sur l’intégralité du plafond, une pluie d’étoiles descend, à moins que ce ne soient les cheveux d’une Eve qui viennent soudainement nous caresser, ou alors qu’elles écrivent au sol, le plafond se tend de peau et notre peau elle-même devient l’écran sensible de leur jeux. La musique qui accompagne ce cycle de naissance, de vie, est hypnotique et aérienne, on voudrait rester longtemps dans cet entrelacs de branches, de jambes, de caresses, de souffles. L’amplitude sacrée de l’église offre un écrin unique à cette installation.


Perrine Le Querrec
© Jowebzine.com - Septembre 2005
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