2e partie
Giardini della Biennale,
Arsenal et divers lieux
Jusqu'au 6 novembre 2005
La
Biennale se concentre d’abord sur deux sites : i Giardini
avec l’Expérience de l’art et l’Arsenal
avec Toujours un peu plus loin.
Dans les Jardins, les pavillons nationaux à l’architecture
poussiéreuse, arborant sur leur fronton le nom de leur
pays, offrent quelques belles émotions (il faut tout
de même les chercher, car on est vite accablé par
une sorte de vacuité, de représentation soit trop
classique, soit fleurant avec le néant) : Annette Messager
d’abord, et le Pavillon français radicalement transformé,
et architecturalement, et historiquement, et émotionnellement,
par l’artiste érudite et éblouissante dans
le rôle d’un Gepetto universel, créateur
de formes humaines et d’émotions communes. Annette
Messager qui construit sa maison, son Casino, autour de trois
pièces. La première qui immobilise le public dans
une grotte de matelas hérissés où le pantin
de bois commence son périple, la seconde qui déploie
une langue rouge et longue comme la lagune, sous laquelle l’origine
du monde devient phosphorescente avant d’être bruyamment
propulsée en fragments de corps épars dans la
troisième.
Le Pavillon espagnol, et l’historique de la Biennale narrée
par l’artiste Catalan Antoni Muntadas qui jouxte salle
d’attente avec photos de scènes de queues, files
de touristes dans diverses circonstances, qui pourraient bien
être nous-même, public sage des expositions, office
de tourisme et bureau de renseignement où explosent des
salves d’applaudissement, vidéos qui nous regardent
et qui nous questionnent.
On continue de s’égarer dans les jardins, on capte
ici les poèmes en diodes de Jenny Holzer, ses mots italiens
qui pénètrent les murs, s’enfoncent dans
notre chair, les têtes couchées de Marlène
Dumas, les samples d’images sexuées de Candice
Breitz, là les rires et les chants hurlés, inquiétants
et décalés, des hôtesses d’accueil
du Pavillon allemand qui suivent le public mi-effrayé,
mi-souriant, l’amplitude du Pavillon islandais reconstruit
par Carsten Höller, qui en fait un espace irréel
perforé par les arbres.
Sur le site de l’Arsenal, le bonheur est au rendez-vous.
D’abord par l’extraordinaire architecture du bâtiment,
lourde des présences passées et des activités
de cette ancienne Corderie. Sur deux kilomètres plongés
dans l’obscurité, les murs emprisonnent les œuvres
de "jeunes" artistes, avec en ouverture les affiches
militantes et essentielles des Guerilla Girls qui entourent
le lustre baroque en perles de tampons hygiéniques de
la Portugaise Joana Vasconcelos.
Ainsi s’ouvre la promenade, ce long parcours, de trouées
lumineuses en œuvres éclairantes :
le disque zen de Mona Hatoum, sa Colonie pénitentiaire
sous forme close et ronde de sable simultanément lissé
puis strié ; les boites en carton du collectif russe
Blues Noses, où sont projetées des petites scènes
crues et humoristiques qui éclairent le visage de ceux
qui s’y penchent ; les vidéos défilantes
au sol de Samuel Beckett et Nickos Navridis, Breath, qui coupent
le souffle et font chavirer ; les Untitled de Louise Bourgeois,
énormes cocons d’aluminium suspendus au plafond
et rongé par l’obscurité ; les costumes
malsains de Fergus Greer théâtralisés par
l’espace clôt ; les vidéos de Regina José
Galindo, artiste Guatémaltèque, qui arpente les
rues de Venise en déposant l’empreinte de ses pieds
trempés dans le sang, d’autres promenades aussi,
après s’être rasé le crâne et
le pubis, et offrant son corps nu aux rues et aux regards.
Venise semble encore plus grande, encore plus labyrinthique
: la Biennale 2005 lui sied parfaitement.