EXPOSITION
BOTTICELLI
De Laurent le Magnifique à Savonarole
Musée du Luxembourg
LE
QUATTROCENTO A PARIS
Laissez-vous emporter par la douceur grave des regards, la luminosité
des couleurs, la modernité du dessin et la profondeur des sentiments
distillés par le maître Florentin.
Pour la première fois depuis plus de 70 ans (la dernière
exposition en France remonte à 1930), le musée du Luxembourg
présente une exposition sur l’un des maîtres incontestés
du quattrocento italien : Alessandro Filipepi alias Sandro Botticelli
("le petit tonneau"). Vingt-six œuvres (tableaux et
dessins) ont été minutieusement sélectionnées
afin de représenter toutes les périodes de la vie de
l’artiste (suivant le principe de la monographie).
Un peu d’histoire…
Né à Florence en 1445 dans une famille de tanneurs,
le jeune Alessandro est de santé particulièrement fragile.
Contraint à séjourner chez lui plutôt que de courir
les rues de Florence, il se passionne alors pour le dessin. A l’adolescence,
il perfectionne son art au contact de maîtres tels que Lippi
et Verrochio. C’est alors qu’en 1470 l’opportunité
lui est donnée de révéler son talent. La peinture
de La force sur les murs de la Salle du Conseil de la Cour de la Mercanzia
(sorte de tribunal de commerce florentin) lui vaut la reconnaissance
de ses pairs. Grâce à ce chef d’œuvre, il
rentre alors dans la cour des grands aux côtés de Pic
de la Mirandol ou Politien, sous la protection du célèbre
mécène : Laurent de Médicis dit Laurent le magnifique.
Pendant cette glorieuse période, seront achevés de multiples
tableaux, dont Le sacre du printemps, où Botticelli fait renaître,
dans un style très personnel et définitivement moderne,
les mythes de l’Antiquité. Précurseur du style
Renaissance par le choix de thèmes mythologiques, sa peinture
révèle une approche totalement nouvelle pour l’époque.
La finesse du trait, la douce luminosité et la fixité
des regards apportent une dimension d’éternité
aux sentiments retranscris. L’amour, la tristesse, la compassion
ne sont plus de simples émotions éphémères
dans les tableaux du maître. Elles apparaissent éblouissantes
et universelles révélant au grand jour tout le génie
et la modernité de Botticelli. La Venus de beauté réalisée
en 1485 sera l’une des plus évidentes illustrations de
ce talent.
Une escale de 2 ans à Rome lui permettra de comprendre que
son cœur restera définitivement lié à celui
de Florence. La papauté et ses traditions classiques, hostiles
à la nouveauté confirmeront son attachement au clan
des Médicis !
Par la suite, son équilibre sera remis en cause : Laurent le
Magnifique disparaît et avec lui, le pouvoir des Médicis
sur Florence, Savonarole (prieur à San Marco) est condamné
à mort par Rome. Tant d’événements qui
n’auront de cesse de faire évoluer les thèmes
et le style de ses œuvres.
Le nouveau paysage politique et personnel (tous ses amis, Pic de la
Mirandol, Politien, etc. ont disparus avec le clan des Médicis)
modifie, en effet, de manière significative la teneur des commandes
qui lui sont faites. Les thèmes de l’Histoire Sainte
sont désormais privilégiés. A cette époque,
Botticelli nous offrira de magnifiques chefs d’œuvre :
La vierge à l’enfant et saint Jean, Le Christ sur le
Mont des Oliviers (1500), La fuite en Egypte (1495-1500), présentés
à l’exposition. Chaque nouveau tableau révèle
au grand jour la maturité de son talent… Une sensibilité
toute nouvelle, profondément spirituelle, transparaît
à présent. Chacune de ses œuvres semble offrir
au spectateur l’extase d’une prière ! Botticelli
s’éteindra à Florence en 1510.
Une rétrospective magistrale
Provenant de musées nationaux et de collections privées,
les 26 œuvres exposées illustrent les différentes
périodes de la vie de l’artiste (il est à noter
que, du fait de leur trop grande taille, certains tableaux majeurs
de Botticelli n’ont pu être transportés).
Vous pourrez admirer :
- Pallas et le Centaure : illustration politique pour certains (Rome
pour le Centaure et Pallas pour Florence), morale pour d’autres
(la bête pour les sens et l’homme pour la raison).
- Des portraits d’hommes et de femme dont le fameux Portrait
d’homme avec la médaille de Cosme l’ancien.
- Des illustrations de saint Augustin.
- La fameuse Carte de l’enfer réalisée pour La
divine comédie de Dante.
- La calomnie avec ses représentations de l’ignorance,
du soupçon, de la rancœur et de la vérité.
- Et bien sûr, des Vierges à l’enfant…
Un moment d’exception
Malgré l’aspect exigu des salles du musée
du Luxembourg et la foule toujours abondante, ne manquez pas ce moment
d’exception ! La douceur des visages des madones, la finesse
du trait, l’harmonie des couleurs et la luminosité chaleureuse
de tous les tableaux vous enchanteront. Vous serez charmés
par le regard bienveillant et plein d’amour de Marie dans La
Vierge à l’enfant et saint Jean, par la beauté
des visages tous emplis de cette même gravité douloureuse,
par les multiples drapés des toges donnant aux personnages
un mouvement presque irréel si troublant…
Séduit ? Alors, n’hésitez plus et laissez-vous
transporter par le talent de ce maître florentin ! Puis, en
sortant, faite quelques pas et allez profiter de la douceur des jardins
du Luxembourg. Une promenade bucolique, un rendez-vous amoureux…
Rien de tel pour apprécier et comprendre le message de Botticelli
!