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TOI ET MOI
Louise BOURGEOIS

Bibliothèque François Mitterrand
(Hall Ouest)
Paris
Une surprise de taille attend l’usager de la Bibliothèque Nationale de France, s’il décide de passer un jour par le Hall Ouest…


Une déferlante de quatorze mètres de long et de quatre mètres de hauteur. Une gigantesque vague d’aluminium poli qui jaillit du mur avec une force monumentale. L’œuvre de Louise Bourgeois, exécutée spécialement pour ce lieu, est un choc pour celui qui soudainement la découvre. Les deux tonnes argentées s’arrachent du mur et submergent littéralement le spectateur. La vague ne s’écrase pas, domptée par la main créatrice de l’artiste, elle reste suspendue dans son tumulte, ses courbes et ses arêtes se dressent miraculeusement, conjuguant la douceur du matériau et la puissance du motif.

Rassuré par la stabilité de la sculpture, on ose enfin s’approcher, et lire le cartel : Toi et moi, 1997. Toi et moi, titre troublant, vision d’amour, d’union tout autant qu’axiome récurrent de doutes et de possibilités. La vague parle d’attachement, elle nous parle aussi de l’artiste qui insuffle un propos autobiographique dans chacune de ses œuvres. L’œuvre protège et menace. Englouti sous son fracas et son silence, on entend la voix de Louise Bourgeois : "Le drame d’être au milieu du monde", et s’articule alors la fonction réparatrice de la sculpture, figure active, chaos conquis.

On approche la main, on caresse les creux et les articulations dentelées de la mer qui effacerait le passé et ferait ainsi place nette pour l’avenir. Dans ce lieu particulier que représente la bibliothèque, la vague dissout le silence omniprésent, elle impose de tout son poids une émotion et un sentiment de libération indomptable.



Louise Bourgeois parle de la sculpture comme de la seule forme d’art qui la libère. Cette vague, ce Toi et moi élancé et rugissant agit comme une forme exceptionnelle de délivrance. Elle soulève l’âme, insuffle un souffle extravagant au spectateur, et s’oppose radicalement à l’architecture linéaire et géométrique rigoureuse de la bibliothèque.

Une rangée de siège est installée sous l’œuvre. Docilement on prend place sous l’écume argentée, et on lève la tête. La masse de l’œuvre s’exprime alors pleinement. La crête de la vague, évasée, s’ouvre au-dessus de nous, nous reflétés en multiples figures tordues, creusées, déchirées sur la peau lisse et polie du métal.

Miroir suspendu, Toi et moi propose une infinité de réalités, une métaphore de la recherche en bibliothèque, la paix intérieure que connaît le chercheur qui soudain trouve, après la longue agitation de la quête.

"So the people sitting down, waiting for God-knows-what in the library, lift up their faces and see themselves distorted in the ceiling, and it occupies their mind. It is a very restful arrangement. Everything fits into everything else, as in geometry." (Louise Bourgeois)

Oui, que venons-nous ainsi chercher, des années durant, dans l’enceinte lumineuse de la Bibliothèque ? Peut-être juste Toi et moi.


Perrine Le Querrec
© Jowebzine.com - Avril 2006
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