CANDICE
BREITZ - All Cut Up
(Exposition jusqu’au 12 juin 2005)
KATHARINA GROSSE - Constructions à cru
(Exposition jusqu’au 5 juin 2005)
Palais de Tokyo
Site de Création Contemporaine
13, avenue du Président Wilson
75116 Paris
Ouvert de midi à minuit
tous les jours sauf le lundi
Deux
princesses au Palais.
Le Palais de Tokyo propose deux singuliers portraits de femme,
créatrices au langage spécifique, chacune d’elle
participant à l’essor de la création contemporaine.
Par la diversité de leur mode d’expression, des
fresques de Katharina Grosse au cadre de l’écran
de Candice Breitz, nous parcourons à grandes enjambées
un vaste champ d’expression.
Katharina Grosse est née en 1961 à Fribourg, elle
vit et travaille à Düsseldorf et à Berlin.
Sa peinture est comme un feu qui embrase le support. De même
que les murs semblent se consumer dans la couleur pour retourner
à l’état de terre chamarrée, de même
la couleur semble retrouver son état premier, fait de
violence et de flamboyance.
Peinture en expansion, contamination de l’espace : murs,
sol, montagnes de terre, le geste créateur de Katharina
Grosse s’élabore au pistolet, se construit sur
des échafaudages. Elle est le seul maître d’œuvre,
c’est sans assistant qu’elle envahit, comme le ferait
un virus dans un organisme, l’architecture de l’espace,
avec une prise en compte au fur et à mesure de son avancée,
des contraintes de lumière et de structure.
Katharina Grosse opère une prise en charge de la totalité
de l’espace, elle y compose un paysage absolu. Et ce paysage
se crée physiquement, lorsque l’artiste projette
sa peinture au pistolet sur le mur, lorsque le public fend la
couleur et parcourt l’immensité perturbée
de la nef du Palais. La couleur "à cru" déstabilise,
elle sème la confusion entre le sol et les murs, la toile
décrochée du mur trompe la vision, fait perdre
l’équilibre, invente de nouveau rapport à
l’espace.
Tout autre est le travail de Candice Breitz, artiste apparue
dans les années 90 en Afrique.
Au moment où Katharina Grosse propose l’infini
de la matière et de la couleur, Candice Breitz évoque
"l’image-seconde", elle découpe la vie
en plans, met en boucle et en série des images extraites
de soap operas ou de films, enferme sa réflexion subversive
dans le cadre du téléviseur (voir photo ci-contre).
L’artiste sample les images, elle taille dans le paysage
conventionnel, celui dont nous gavent les médias, pour
installer ses propres codes de communication, son propre langage.
Ainsi Dallas : on pénètre dans un salon, ce pourrait
être le vôtre, celui où vous regardiez la
série dans votre enfance, et là, sur des dizaines
de télés, des séquences coupées,
collées, bégayantes, les têtes familières
de JR, Sue Ellen … qui s’exposent devant nous dans
des attitudes que nous ne leur connaissions pas ; l’image
passée au crible par l’œil de Candice Breitz,
devient révélateur d’émotions et
de dérision.
Photo : vue de l'exposition de Candice Breitz "All Cut
Up", présentée au palais de Tokyo, site de
création contemporaine, du 14 avril au 5 juin 2005.
Soliloquy (Jack), 1987-2000, 14min06sec. Copyright : Daniel
Moulinet.