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LE VOYAGE INTERIEUR :
PARIS-LONDRES


Espace EDF Electra
6, rue Récamier 75007 Paris

Du 16 novembre 2005 au 5 mars 2006
Ouvert tous les jours de 12h à 19h,
sauf lundis et jours fériés
Entrée libre
Expérience inédite que ce Voyage Intérieur proposé par l’Espace Electra, dont on ne cesse d’applaudir la politique culturelle de gratuité et de qualité.


Suivant une mise en scène de Nadia Lauro, connue pour ses collaborations avec des chorégraphes, une trentaine d’artistes français et anglais encastrent leurs œuvres dans un parcours intérieur fascinant et domestique, menaçant tout en étant intime.

La grande force de cette exposition tient à cela : la scénographie très précise de Nadia Lauro, sa sensibilité des corps et de leurs déplacements, qui expose le visiteur à des émotions extravagantes et inquiétantes. Pour les artistes, le sentiment général est d’avoir "participé à un spectacle".

Loin de tout accrochage traditionnel, ce Voyage Intérieur se penche sur les liens entre les scènes artistiques londoniennes et parisiennes depuis la fin du XIXe siècle autour des thèmes de la décadence, du symbolisme et de leurs avatars. Il s’érige d’une part sur une architecture mentale où cohabitent les notions de drame, de labyrinthe, de sexe et de mort, de trip, d’extase, d’ "Unheimlich" (l’inquiétante étrangeté définie par Freud), et d’autre part sur une architecture "réelle", l’exposition se déployant dans la reproduction imaginaire de la maison conçue par Huysmans pour son héros des Esseintes.

Le cœur de la maison est au sous-sol, et c’est Cœur de Guru, une œuvre textile palpitante de Vidya Gastaldon. Après sa découverte, on suppose que ses artères tentaculaires animent la maison hantée et son labyrinthe de pièces : Black vampire rubber zone, Infinite White Cube, Black Box planetarium, Metaphysical Corridor, Unknown pleasures, l’Apparition, le salon de Salo…

Le voyage débute par la longue traversée d’un corridor dramaturgique, où le vent et un souffle asthmatique sonorisé par Turzi (du label Records Makers) vont littéralement nous pousser dans le dos tout le long de cette visite, dans l’intimité du manoir, où les angles des pièces se relèvent, où l’on est sans cesse déstabilisé, aveuglé par les irruptions de lumières puis d’obscurité, désorienté par l’effet labyrinthique de l’agencement des espaces, par les coupes transversales des perspectives, par la découverte, toujours brutale et intempestive des œuvres : des figures agenouillées en boutons noirs et passementerie de Sophie Bueno-Boutellier, aux Buddy de Simon Bernheim, fragments de mains perforées qui traversent les murs organiques et agitent des chaines. En avançant dans les méandres de la maison, on découvrira encore la fresque à l’encre de chine de Moriceau et Mrzyk, flaque de contamination, les bestioles de cristal de Pelassy et ses formes irréelles encloses dans des aquariums, la mise en abyme autour de Pasolini orchestrée par Adam Chodzko, le totem d’Eva Rotschild, lanières de cuirs qui déferlent du plafond dans le salon de l’Apparition, mitoyen du salon Égyptien peint d’un vert aquatique où nos émotions flottent, entre angoisse et extravagance.


Perrine Le Querrec
© Jowebzine.com - Novembre 2005
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