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TANIA MOURAUD
La Fabrique

Tri Postal de Lille

Jusqu’au 14 janvier 2007
Au loin, des salves d’applaudissements.

Attiré par cette ovation le public s’enfonce, confiant, dans les entrailles du Tri Postal.

Puis il passe un seuil. Et pénètre dans La Fabrique.

Vingt cinq moniteurs le cernent, vingt neufs vidéo pour plus de cent portraits le dévisagent, et ce bruit, ces claquements secs, sans appel…

La Fabrique, nouveau dispositif vidéo de Tania Mouraud, construit et déconstruit l’espace au gré d’un processus combinatoire qui unit le son, l’image et le temps. Les vidéos de ces ouvriers du textile, cadrés au plus près par l’objectif de l’artiste, façonnent la réalité. Celle que l’on prend soin d’éviter. Individus devenus machines, corps devenus outils, mouvements répétitifs, mécaniques, muscles bandés comme les ficelles des métiers à tisser, une mixité au service d’une actualité hors temps, universelle.

Les téléviseurs, posés sur des socles, sont à hauteur d’yeux. Et sur l’écran, le regard des tisserands ne nous quitte pas. Déplacez-vous d’un pas, de dix pas, ils sont là, posés sur vous, sans colère, sans animosité, sans sourire. Un regard, une multitude de regards qui convie le nôtre, qui nous place en témoin de l’activité (in)humaine.

Un portrait s’achève. La tension entre les gestes répétitifs, les claquements mécaniques du métier à tisser et l’intensité constante du regard se dénoue… Immédiatement relayé par un nouveau portrait, un autre individu, soudé à sa machine. Bras marionettisés, ficelles tendues du métier à tisser, plaques de bois qui claquent : sons et tensions traversent les écrans et tracent un chœur de diagonales. Cette multitude de mouvements tisse autour du public un réseau arachnéen, lignes d’émotions, fils de tension.

Regards grands ouverts, bouches closes : la figure humaine, jusqu’alors uniquement perceptible par son absence chez Tania Mouraud, envahit les écrans, affirme sa diversité et sa richesse. Elle impose son humanité.

La visite est éprouvante. Les rythmes sonores et visuels s’épousent, se complètent et s’intensifient les uns les autres. Ils saturent l’espace de leur force et de leur présence. Nos repères s’effondrent un à un. La Fabrique nous avale.


Perrine Le Querrec
© Jowebzine.com - Novembre 2006


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