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LE MONDE SELON H.G. GIGER

Exposition à la Halle Saint Pierre
Du 13 septembre 2004 au 6 février 2005

2, rue Ronsard
75018 Paris

Tél. 01 42 58 72 89
Cauchemardesque, tourmentée, grandiose, gothique et morbide, l’œuvre de Hans Rudi Giger s’expose pendant cinq mois à la Halle Saint Pierre, splendide édifice que la Mairie de Paris a mis à la disposition de l’art naïf et qui prend de plus en plus de liberté dans ses programmations.


Plus de cinq mois pour faire le tour de ce Suisse dont le nom restera à jamais associé à la créature d’Alien de Ridley Scott dont il créera à la fin des années 70 l’univers visuel et onirique, ce n’est pas trop long. D’abord parce que le nombre des œuvres présentées - plus de 150 pièces réunies de diverses collections - donne au visiteur l’envie de revenir en arrière ou de s’attarder sur une période ou de passer son chemin jusqu’à la prochaine. Ensuite parce que la complexité picturale des tableaux de Giger confine parfois à la surdose.

Il faut considérer le travail de cet artiste comme une intention de déposer la vie par tous les moyens mis à la disposition de son cerveau et de ses outils. Et la vie selon Giger n’a rien à voir avec une douce prairie verdoyante coulant ses pousses de luzernes le long d’un petit vallon du col du Grand Saint Bernard. Giger a créé une sorte de notion biologique qu’on pourrait appeler "organo-mécanique", un peu comme si le moteur à explosion et les pistons hydrauliques avaient déjà existé du temps de Bosch ou Bruegel.

On voit se répéter à l’infini un mariage forcé entre la chair et les rouages, des exosquelettes recouvrent le corps sculptural de femmes à la peau purpurine, des bébés masqués de lunettes de soudeurs peuplent les chargeurs de pistolets automatiques prêts à l’emploi. On ne rigole pas chez Giger. Par-ci, par-là, quelques survivants du mouvement cold-wave s’extasient platement devant les courbes reptiliennes des installations, les fétichistes du cinéma se brisent les doigts pour ne pas sauter sur les études en trois dimension de l’Alien, ne pas prendre place dans la salle à manger que Giger sculpta pour le Dune de Lynch (Lynch n’en voulu d’ailleurs pas, trop noir…). Les autres ne se promènent pas parce qu’on ne peut pas se promener dans une telle exposition. C’est beau comme une tragédie, traumatisant comme une ballade dans un laboratoire d’essais cosmétiques, haletant comme un train fantôme dont on connaît le moindre virage et troublant comme une visite au musée de l’érotisme. Donc, ça vaut la peine.


Sébastien D. Gendron
© Jowebzine.com - Octobre 2004
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