Après
Melbourne, Franckfort et Berlin, Le Caermersklooster de Gand, monastère
à l’architecture vertigineuse, accueille l’exposition
Stanley Kubrick. Une exposition idéalement mise en scène
dans cette construction lumineuse.
L’espace - 1200 m2 - est divisé en 13 lieux, chacun accueillant
un des films du réalisateur. Un des films, c'est-à-dire,
un chef-d’œuvre. Et l’immersion dans le cerveau,
la minutie et le perfectionnisme obsessionnels de Kubrick est totale.
Renversante. Et souvent angoissante.
800 objets, costumes, affiches, story-board, photos de tournages,
mais aussi des reconstitutions de décors, des projections d’extraits,
d’interviews (et elles ont été très rares
durant la carrière du maître !), jalonnent ce parcours
miraculeux.
Rarement exposition sur un réalisateur n’aura été
aussi vivante. On découvre avec délectation aussi bien
les nombreuses versions d’affiches créées pour
chaque film, que les castings d’acteurs, les images de Kubrick
dirigeant ses acteurs. Mais aussi les dessins griffonnés sur
les scénarii, les esquisses et décors en volume du designer
Sir Kenneth Adam, les objectifs utilisés (on apprendra ici
que Kubrick inventa des combinaisons inédites d’objectifs,
creusant ses recherches filmiques dans tous les domaines, défrichant,
risquant, artiste visionnaire et génial), les romans, faits
divers, anecdotes qui l’ont inspiré.
Des décors ont été reconstruits, et l’émotion
est vive de pénétrer dans le cerveau de Hal, de s’engager
dans le couloir sombre de Shinning, le cœur battant, pour stopper
net devant une vitrine blafarde où les robes bleues des fillettes
évoquent leur fantômes, puis, un peu plus loin, de contourner
prudemment la vitrine où les haches se dressent, menaçantes.
Différentes sont les sensations pendant l’évolution
entre les masques aux yeux vides d’Eyes wide shut, la rencontre
avec les femmes nues, tables pornographiques esthétisantes,
d’Orange mécanique…
Et les musiques… Une salle de projection équipée
de matériel ultra performant propose une immersion, sonore
cette fois-ci, dans l’univers Kubrick.
On découvre aussi les archives, scénarii, costumes et
décors des deux films jamais tournés : Napoléon
et Aryans papers.
L’interaction entre les installations vidéo, audio, les
éléments tridimensionnels et les archives papiers, nous
entraîne dans un processus de création dont l’exploration
suscite l’envie incontrôlable de revoir tous les films
du réalisateur, ou de passer derrière la caméra.