Galerie Daniel Templon
30, rue Beaubourg (au fond de la cour)
75003 Paris
Du 15 janvier au 26 février 2005
Du lundi au samedi de 10h00 à 19h00
Yayoï
Kusama expose jusqu'au 26 février à la galerie
Daniel Templon. L'occasion est belle de découvrir l'univers
étrange, fascinant, angoissant de cette artiste japonaise.
Nous sommes accueillis dans la galerie par Desire of Death,
une œuvre de 1975, et qui préfigure en miniature
ce qui attend le public pour la suite de l’exposition.
Desire of Death, ou une poignée de tentacules gris émergeant
d’un plat rectangulaire en aluminium, comme autant de
phallus, comme une des formes récurrentes que revêtent
les visions hallucinogènes de Kusama.
Nous plongeons ensuite dans une forêt crayeuse - Heaven
and Earth - composée de 40 boîtes blanches posées
au sol et d’où jaillissent un foisonnement d’excroissances
blanches, spirales molles et moelleuses, circonvolutions d’une
pensée sinueuse qui nous attirent mais qu’il est
impossible de pénétrer. La densité de cette
installation produit un effet attractif tout autant que répulsif
: nous sommes pris entre la sensualité des formes et
du matériau, et le blanc mat qui nous projette dans un
univers de camisole, de cellule capitonnée.
A peine avons-nous le temps de prendre conscience que l’artiste
vient de nous saisir dans les pièges de sa création
que Narcissus Garden déferle sur nous, comme une vague
à la surface réfléchissante. Cette installation-miroir
constituée d’un ensemble de boules argentées
interroge les notions d’infini, d’illusion et de
répétition. Elle émiette notre image, et
nous voici, Narcisse démultiplié et livré
au pouvoir de Kusama.
Des fragments encore : les 50 chaussures à talons qui
se plantent sur le sol de la dernière salle de la galerie.
C’est Gold Shoes, un sous-bois turgescent qui distille
son étrangeté en faisant bouillonner des champignons
dorés à l’intérieur des chaussures
de femme. La présence très prégnante de
ces champignons emplis l’espace, le rendant incertain,
magique tout autant qu’angoissant.
Et puis, comme un condensé de la réflexion de
Yayoï Kusama, cet étrange cadre noir Flower Blooming
in Azumino, qui déborde de protubérances jaunes
à pois noirs. La forme centrale semble un sexe-fleur
de femme qui s’ouvre et d’où s’échappent
les inquiétants tentacules.
L’œuvre semble à l’étroit dans
ce cadre, comme Kusama semble à l’étroit
dans les mots qui tentent de décrire son œuvre.
Alors sautez dans vos chaussures dorées et partez à
la rencontre de ce travail unique et radical.