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YAYOÏ KUSAMA
Crimson eye

Galerie Pièce Unique
4, rue Jacques Callot
75006 Paris

Jusqu’au 25 novembre 2006
Une femme unique chez Pièce Unique : Yayoï Kusama a conçu spécialement pour la Manufacture nationale de Sèvres, en coédition avec sa galerie parisienne Pièce Unique, une œuvre singulière en grès et porcelaine.


Seul dans l’espace blanc de la Galerie, Crimson eye veille, perché sur son socle blanc. La bête, monumentale, hérissée, hybride, en grès de Sèvres émaillé et recouverte de platine brillant pour son corps et en biscuit de porcelaine décoré couleurs de petit feu pour l’œil qui la couronne, attend, immobile. Il faut s’approcher lentement, en faire le tour, suivre de l’œil, et sous le faisceau de son œil unique, les mouvements, frissons et érections des phallus d’argent qui palpitent sur son corps. La bête est sensuelle, et les courts tentacules qui bouillonnent sur son corps écrivent en grès opaque les obsessions de l’artiste. Obsessions psychologiques, sexuelles, qui envahissent son environnement, son esprit et sa création.

Aujourd’hui passée à l’épreuve du feu.

Les fours de la Manufacture ne sont pas assez grands pour accueillir la forme originale de Crimson eye, alors cuirassé d’excroissances longues et ondulantes. L’artiste, très désireuse de réaliser cette pièce, va la remodeler, la raccourcir, et lui donner la possibilité d’entrer dans le four.

Comme il est troublant de voir - et de ressentir - les tourments des tentacules raccourcis, dont le mouvement, s’il a été légèrement interrompu par les contraintes techniques, vit, ondulant, sinueux.

Recouvertes de platine, les tentacules se durcissent, éclaboussures d’écume, proliférations argentées, à l’extrémité desquelles notre visage se reflète, minuscule et démultiplié. Nous nous laissons aspirer par cette abondance organique : l’œil veille sur nous. Infini, illusion et répétitions.



Yayoï Kusama a acquis "la légitimité de s’exprimer et la liberté d’être folle." Cette liberté est déclinée dans chaque bouquet de fleurs exposé dans le second espace de la Galerie. Des peintures brillantes et vives, sur fond d’écailles argentées ou dorées. Des paillettes, des fleurs exubérantes, qui s’ouvrent comme des sexes de femmes et dont les feuilles charnues sont percées par une tige épaisse. Dans les pétales, les motifs hallucinatoires entament leur danse effrénée et ploient sous les rangés disciplinées de poids. L’harmonie est encore sensuelle, les fleurs se débauchent, parfois certaines que l’on croirait être des tournesols dressent leurs têtes décoiffées, puis se courbent, animales autant que végétales. Les couleurs sont l’expression même de la liberté de Kusama, une invitation à traverser son monde, un don.



Perrine Le Querrec
© Jowebzine.com - Octobre 2006
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