Conférence autour de l’œuvre
de Claude Lévêque
Animée par Catherine Francblin
et Michel Nuridsany
Espace Paul Ricard
9, rue Royale
75008 Paris
Projection des dispositifs
de Claude Lévêque
de 2000 à 2004
et choix de diapos réalisé par l’artiste
Au
travers de l'œuvre de Claude Lévêque, l'Espace
Paul Ricard accueillait, lundi 8 novembre, une conférence
sur "l'art dans un monde impitoyable".
Vous rêviez d’un autre monde ? Claude Lévêque
ne cesse, depuis ses débuts dans les années 80,
de retailler le monde, de l’altérer, de lui octroyer
inclinaisons, chicanes, obscurité, lumières, tout
élément susceptible de changer notre perception,
d’élargir notre conscience, de nous pousser à
une appréhension différente de notre quotidien.
Et parce que le monde est "impitoyable", les œuvres
de Lévêque (appelées "dispositifs"
par l’artiste) sont d’une extrême violence,
parfois à la limite du supportable.
Claude Lévêque va nous parler de son entrée
en art, d’abord en exposant des artistes comme Michel
Journiac ou Gina Pane qui, par leur travail sur le corps, vont
influencer les futurs dispositifs de Lévêque, ceux-ci
allant contraindre le corps des visiteurs : s’insérer
dans un couloir qui se rétrécit pour déboucher,
presque à 4 pattes, dans une salle avec des mangeoires
pour animaux, s’enfoncer dans la nuit d’un labyrinthe
au sol mou (Ende, 2001), soumettre son système auditif
à des sons souvent insoutenables (le hennissement du
cheval de Sugarhill Gang, en ce moment aux Instants Chavirés
de Montreuil, les déflagrations de Claude, MAM 2000),
être percuté, déstabilisé, par l’utilisation
de lumières aux éclats stroboscopiques, ou par
une immersion dans un noir absolu, palpable dans son intensité
immatérielle.
Pour décrire les métamorphoses de son travail,
Claude Lévêque nous présente les artistes
et les courants qui l’ont nourrit : art corporel donc,
puis l’univers "privé" de Bernard Faucon,
d’Annette Messager, de Boltanski et enfin l’art
conceptuel qui, selon l’artiste "a fini par fatiguer,
mais fût essentiel", mais aussi Pasolini, Jonas Mekas,
Warhol...
En regardant ses aînés, puis en créant son
propre langage, Lévêque va aller des lieux et objets
de son enfance, jusqu’à la déréalisation
complète de l’œuvre. Semer "utilement"
la terreur, pratiquer des "privations sensorielles"
sur les visiteurs, envisager leur soumission : autant d’actes
qui font de Claude Lévêque un terroriste.
A partir des années 90, ses œuvres prennent de la
place, elles conditionnent le lieu où elles s’installent
et le bâtissent, le sculptent par la lumière (ou
son absence) et le son. Lumières et sons sont utilisés
comme des matériaux architecturaux, ils ne viennent pas
embellir ou ornementer ; non, ils construisent le vide, ils
abaissent les plafonds, obstruent les fenêtres, rehaussent
les entrées, réduisent l’espace.
En ce moment à la Galerie Yvon Lambert de Paris, la dernière
œuvre in situ de Claude Lévêque, Vinaigre
(1), nous capture de nouveau dans son filet de tensions : tension
entre douceur (contenue dans la chanson qui nous accompagne
dans notre parcours) et violence, entre stridence et absence,
entre matériel et immatériel.
Lévêque pense que le monde est invivable (et nous
reviennent en écho les phrases de Francis Bacon, à
qui l’on reprochait la violence de ses toiles et qui répliquait
qu’elle n’était rien, comparée à
la violence du monde) et que l’art évolue en produit
de consommation banal, englué à son tour dans
des enjeux commerciaux, récupéré par un
système qui souhaite que rien ne dépasse, que
rien ne résiste. L’activisme de ces artistes devient
alors essentiel.