Les
anges ont un sexe. Et il est masculin. La copieuse exposition Los
Angeles au Centre Pompidou fait la part belle aux hommes et parque
les femmes dans une seule salle. Pourtant…
Los Angeles, les années 70… Date et lieu de naissance
pour les féministes de l’art comme mutation politique
et personnelle. Le spectateur devra se contenter de la part congrue
offerte aux femmes, et pourra se délecter du documentaire sur
l’exposition, Womanhouse, où vingt-quatre femmes aménagent
une maison à Los Angeles, transformant ainsi l’espace
domestique en espace d’exposition, et de The Dinner Party, vaste
installation ayant pour sujet le rapport esthétique et idéologique
entre histoire de l’art et histoire des femmes.
L’histoire de l’art au masculin, quant à elle,
tentaculaire et excentrique, trouve en Los Angeles une capitale propre
à faire exploser une dizaine de courants artistiques et des
recherches menées à une cadence infernale, qui balaient
l’art conceptuel, le Pop art, l’assemblage, les performances,
la vidéo, le L.A. Look, le minimalisme, l’art contestataire…
Trois cent cinquante œuvres sont à traverser, à
arpenter, à découvrir, dans une scénographie
tendue et exigeante, où l’effervescence, les contrastes
et les expérimentations restaurent l’énergie de
la mégalopole et de ses acteurs.
Des œufs à peine éclos de Kenneth Price, céramique
fendue d’où s’échappent des formes rampantes,
aux invitations à la conquête de l’espace dans
l’éblouissement des toiles blanches bordées de
couleurs de Sam Francis, à la dilution des corps en particules
de lumière intemporelles dans le bleu de Turrel, à l’écrasement
de viscères imaginées, suintant un sang de ketchup entre
un mille-feuille de plaques de verres agencées par Paul McCarthy,
aux performances violentes de Chris Burden que l’on imagine
mort après chacune d’entre elles, aux murs de pains de
glace qui entourent et structurent les Fluids d’Allan Kaprow,
jusqu’aux photos de John Divola, ces portes fracassées
qui sont autant d’invitations aux viols des conventions, une
nouvelle ville se construit, pose œuvres après œuvres,
idées après idées, les murs et les routes de
sa représentation.
À l’ombre des studios hollywoodiens, entre la sortie
d’Easy Rider de Dennis Hopper (1969) et celle de Blade Runner
de Ridley Scott (1982), la production plastique made in Los Angeles
peut se voir comme une exploration qui se tendrait entre ces deux
points.