Monographie
chronologique illustrée, avec des textes inédits de
l’artiste et des entretiens.
Cette somptueuse monographie révèle la part écrite
de l’œuvre d’Annette Messager. De 1971 à 2005,
l’ouvrage dévoile une œuvre totalement portée
par les mots, construite sur les lettres, leur forme graphique, leur
sens littéral.
Mot pour mot se lit comme un roman, avec ses chapitres, ses personnages
(ou plutôt son héroïne : Annette Messager collectionneuse,
Annette Messager truqueuse, Annette Messager femme pratique, Annette
Messager artiste…), ses rebondissements, ses tensions dramatiques
; il se regarde aussi, comme un livre d’art, et le lecteur-amateur
oscille entre une œuvre qui se lit et un livre qui se contemple.
L’artiste multiplie les correspondances entre l’art et
le langage, elle entretient une relation épistolaire passionnée
avec les matériaux particuliers que sont les mots, les phrases,
les maximes, citations, modes d’emploi… Une écriture
hybride - de magazine, du quotidien, ou ancestrale - qui offre à
Annette Messager un terrain illimité d’expérimentations,
de possession et d’appropriation.
L’œuvre devient un "fragment du discours pictural",
une déclinaison quasi exhaustive des domaines d’écriture
et de création. Entre les doigts de l’artiste s’inscrivent
des paragraphes sur Les travaux d’aiguille, Les hommes que j’aime,
Les hommes que je n’aime pas, Les dépenses au quotidien
pendant un mois, Ma collection de champignons bons et champignons
mortels, Mon guide du tricot, des Histoire des robes, La romance digestive
d’Annette Messager, les Lignes de la main, les Petites pratiques
magiques quotidiennes…
La curiosité d’Annette Messager est illimitée,
et se perdre dans son œuvre revient à s’égarer
dans un grenier où l’on découvrirait avec des
cris de joie ou de frayeur des assemblages incongrus d’objets
rituels oubliés.
Ses leçons de couture, d’écriture, de cuisine,
de sorcellerie, de tricot ou de bricolage transcrivent une réalité
"domestique" que l’artiste masque ensuite. Car si
Annette Messager se plait à collectionner, elle confie vouloir
constituer une collection d’appellations (ces identités
qu’elle revêt selon ses aspirations, exubérances
ou préoccupations), qui la préserveraient de l’extérieur,
du temps qui passe, et d’elle-même. L’appropriation
(qui va jusqu’à la possession lorsqu’elle prend
des photos de ses modèles) de la vie des autres, ces subtiles
usurpations d’identité, mais aussi le laborieux travail
de copie, la constante vigilance pour ne rien perdre, ne rien laisser
s’échapper, organise la fuite d’Annette Messager,
une fuite pavée de mots.
Ces mots dont on suit l’évolution et l’expansion
au fil des pages, qui finissent par sortir totalement de leur support
et du cadre pour devenir volumes et s’organiser dans l’espace.
De contour, les lettres deviennent œuvre à part entière,
et dessinent le manifeste artistique d’Annette Messager, auteur.