Dominique Fiat Galerie
16, rue des Coutures Saint-Gervais
75003 Paris
Du mardi au samedi
De 11h00 à 19h00
Jusqu’au 28 février
À
l’entrée de la galerie Dominique Fiat, un wall painting,
noir et blanc, une phrase étirée du sol au plafond,
un alphabet d’abord impossible à lire, qui peu à
peu va se révéler : NOW IS THE TIME TO STAND UP AND
SPEAK UP. Les lettres fendent le mur, elles fendent l’espace
et s’impriment sur notre rétine comme un message cinétique,
qui demande de l’attention, de la concentration, un désir
de comprendre, aussi bien la teneur politique et philosophique de
la phrase que sa grammaire picturale inédite. Comment voyons-nous,
que voyons-nous, sur ce mur peint comme dans la vie ? Autant de questions
que Tania Mouraud soulève tandis que ses lettres, longues et
droites, rythmées comme une partition où blanches et
noires composeraient une mélodie originale, creusent et scindent
l’intégralité de l’espace. La phrase devient
sentence, elle s’enfonce dans le mur et dans notre conscience.
Les lettres devenues lignes de sens obligent notre œil à
des allers-retours incessants. Nous cherchons un repère, n’en
est-il pas de même dans la vie ?
Mais une projection attire notre regard, c’est OR DONC, une
vidéo numérique tournée à l’Hôtel
de Ville de Paris et au Quai d’Orsay. Les ors de la République,
de l’Etat et de la ville, sont ici compressés, dans une
folie de mouvements qui enclot notre vision. Une exubérance
de lignes se croisent, se fondent, s’emmêlent ; une exubérance
toute d’or et de lumière, qui égare le spectateur,
l’irradie, l’entraîne dans une visite affolante
des attributs du pouvoir. La figure humaine n’existe pas, encore
une fois nous cherchons, affolés et enivrés, une balise,
un repère. Parfois c’est un arrêt de quelques instants
sur une image, parfois une sculpture que l’on distingue alors
même que l’image, déjà, est repartie dans
sa folle course. Là où d’ordinaire, on imagine
une activité humaine incessante, un fourmillement, on est happé
par les mouvements, bousculé par une agitation métaphorique.
Le cœur se compresse, le souffle nous manque, on se noie dans
les ors.
La création sonore sous-tend et accompagne notre visite, c’est
elle encore qui va permettre de s’arrêter et de reprendre
notre respiration devant PRIME TIME, une vidéo tournée
dans le Désert du Néguev.
Point de saccades ici, ni de frénésie, mais un espace
ouvert, contemplatif, qui s’étend devant nous et nous
offre une place où nous déployer, ou méditer.
Notre perception devient intérieure, introspective. Elle se
perd sur les reliefs d’un paysage qui semble irréel,
dans les dénivelés de rouge, elle se fond dans les mouvements
souples et sensuels de la caméra, s’élève
au rythme de la musique électro-acoustique.
L’exposition OR DONC témoigne de l’amplitude du
travail de Tania Mouraud, tant dans le domaine des formes, que dans
celui du questionnement humain. Sa grammaire s’érige
en révélateur de notre monde contemporain, elle ouvre
le chemin de la réflexion et dessille le regard.