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LE MOUVEMENT DES IMAGES
Art, Cinéma

Centre Pompidou

Jusqu’au 29 janvier 2007
Séances spéciales

Le temps s’accélère, le visuel domine, et il devient difficile de porter un regard stable sur le monde d’aujourd’hui. Les artistes l’ont bien compris, eux qui introduisirent le mouvement dans leurs œuvres dès le début du XX ème siècle.

Le nouvel accrochage du Centre Pompidou confronte ainsi les arts plastiques et le cinéma expérimental.

La "rue" principale de l’exposition est bordée d’écrans où sont projetés en boucle des films inoubliables, dont les vedettes sont la recherche, l’innovation, le questionnement.

Marcel Broodthaers écrit sous la pluie : de midi à vingt et une heure, il place une feuille blanche devant lui, attrape sa plume, la plonge dans l’encre et commence à écrire. Une goutte d’eau, une seconde, puis des flots de pluie tombent sur lui, sur sa feuille, sur l’œuvre en train de naître, et de disparaître. Rien n’interrompt ce processus, ni le visiteur qui s’éloigne et va glaner d’autres images, ni la pellicule qui achève son déroulement puis repart à zéro, à la feuille blanche et sèche où les premiers mots s’inscrivent avant que l’averse, de nouveau, ne vienne modifier le travail amorcé.

Broodthaers écrit sous la pluie, et Steve McQueen donne du cadrage une explication percutante, son visage et son corps impassibles tandis qu’un pan entier de maison s’écroule sur lui, lui qui s’encadre très précisément dans l’ouverture d’une fenêtre, et réapparaît donc, inchangé, après chacun des effondrements. Car ce n’est pas une fois seulement, mais des dizaines de fois, de points de vue, d’angles décalés, que ce pan de mur va s’écrouler, que l’on va assister au brusque assombrissement du visage, aux clignements imperceptibles des yeux, tandis que dans un fracas assourdissant bascule le pan de mur. Le plan et le cadre, voilà, vous l’avez ressenti, éprouvé physiquement pour la première fois de votre vie.

McQueen disparaît et réapparaît, et Bruce Nauman marche, se déhanche outrageusement sur le périmètre d’un rectangle blanc tracé au sol de son atelier. Il pose un pied, bascule sa hanche, pose l’autre pied, funambule du cadre et du plan. Ne bougez plus, regardez-le placer lentement son empreinte sur la ligne blanche, définir régulièrement, de sa démarche exagérée et infinie, un cadre, un photogramme, une cadence.



Nauman marche encore, et Mona Hatoum nous convie à pénétrer dans son dispositif, Light Sentence, afin de ressentir, physiquement, l’expérience du cinéma. Dans un espace de pénombre vide, une ampoule nue, actionnée par un moteur, monte et descend au milieu d’une construction de casiers métalliques ajourés. Le mouvement lent et régulier de la lumière étire les ombres des fils métalliques, les tend, les distend, en projette les lignes mouvantes qui se rétractent ou s’épanouissent. Les sensations éprouvées alors sont intenses, on perd peu à peu l’équilibre, emprisonné dans les rets de lumières et d’ombres, acteur involontaire d’une scénographie dansante et lancinante où tout se rejoue à chaque instant, se déploie dans un continuum de temps et d’espace jamais éprouvé jusqu’alors.

Par expériences successives le Mouvement des images nous convie à accéder aux différents niveaux d’un volume à priori plat : celui d’un écran de cinéma.


Perrine Le Querrec
© Jowebzine.com - Juin 2006
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