Untitled Document
 

     eXPoS
 
LA LEVITATION
DU LEVIATHAN THOT

Une installation de Ernesto NETO

Le Panthéon
Place du Panthéon
75005 Paris

Jusqu’au 30 décembre 2006
La peau gît au sol : mue d’un gigantesque animal dont on se demande, préoccupé, où se cache la nouvelle évolution. Puis les assistants de Neto emplissent peu à peu le corps désanimé de polystyrène blanc. Les billes roulent dans la peau de tissu, elles en écartent les pores, en gonflent les formes généreuses. Ce travail achevé, des cordes sont passées sous les membres de Thot : bras, corps, tête, cœur, cerveau, bouche. L’ascension peut commencer.

Levez les yeux : il est au-dessus de vous, autour de vous, il se déploie dans l’architecture rectiligne du Panthéon, en épouse les colonnes, les voûtes, les coupoles, il est en expansion, achevé mais en perpétuel croissance.

Le documentaire qui montre comment l’artiste donna la vie à sa créature reste collé à votre cerveau, et à votre bouche. "Léviathan, Thot, Thot, Thot" : la chanson sur un rythme de samba que Neto fredonne, psalmodie pendant la confection, clame pour la levée du corps et qui nous accompagne pendant le lent acte d’amour physique qu’est la rencontre avec cette œuvre.

"Thot, Thot, Thot…" L’animal balance langoureusement ses longs membres de tulle transparent, il vous frôle, vous inquiète et vous envoûte. Le moindre courant d’air pousse et anime l’épiderme lesté de billes blanches.

Poids, contre poids, du conflit naît l’équilibre.

Lourdeur, sensualité, volupté : Thot fait bander le Panthéon, cette architecture masculine parfaitement symétrique. Thot en joue, partage son corps en quatre pour occuper les quatre nefs centrales, puis s’érige et se rassemble dans la partie centrale. La tête pour la perception, les bras pour l’équilibre, le corps pour le désir. Thot frissonne et se répand. L’artiste parle du Léviathan comme d’une œuvre humaine si monstrueuse qu’on ignore où elle finit et où elle commence : ainsi de sa créature anthropomorphique. Sur certains organes, - testicules, ventricules, mandibules - des orifices comme des bouches ourlées et qui chantent eux aussi.

"Thot, Thot, Thot…" Lourdes de légèreté, les formes parfois effleurent le sol, nous ceignent, nous appellent, nous aspirent. On rêve de presser ces tentantes excroissances blanches et transparentes, certaines garnies de lavande odorante, d’y enfouir son visage, son corps, de disparaître pour mieux participer à ces jets d’énergie, à cette chorégraphie silencieuse.

Thot, dieu égyptien de la sagesse, pleure dans le Panthéon, caveau où les grands hommes se reposent. Il se décompose en larmes existentielles pour mieux faire renaître le principe de vie. Et son épiderme étiré dans l’espace en est le berceau.


Perrine Le Querrec
© Jowebzine.com - Octobre 2006


Untitled Document













Untitled Document
Copyright © 2001-2006 - Tous droits réservés