NOTRE HISTOIRE…
Une scène artistique
française émergente
Palais de Tokyo
13, avenue du Pdt Wilson
75016 Paris
Jusqu’au 7 mai 2006
La
nouvelle exposition du Palais de Tokyo, ultime prouesse de Jérôme
Sans et Nicolas Bourriaud avant leur départ, s’ouvre
devant nous comme une immense revue illustrée où l’on
peut lire et explorer la grammaire particulière des 29 artistes
chargés d’écrire l’histoire de demain.
Histoire de voir, histoire de comprendre le monde, histoire de partager
nos préoccupations : la violence, la surconsommation, l’exclusion,
l’immigration. Histoire de prendre le pouls de l’humanité,
de notre humanité.
Histoires à dormir debout, celle de l’univers des contes
ou des espaces mentaux, où il est si bon de se réfugier
lorsque dehors les voix hurlent et ne se font pas entendre, ou si
peu. C’est ainsi que l’on rencontrera les narrations de
Fabien Verschaere ou les micro-architectures de Tatiana Trouvé.
Pied de nez à l’histoire, à ses super-héros,
et la femme lilliputienne de Virginie Barré, qui du haut de
son pouf rose nous sourit et nous défie, alors qu’un
Batman obèse oscille dangereusement au-dessus de nos têtes,
brouillent définitivement les pistes du réel. L’artiste
poursuit son œuvre hyperréaliste, qui la conduit du côté
obscur aux versants lumineux de la fiction, et nous place en témoin
consentant de cet univers de contrastes.
Histoire de vertiges, vertiges des formes, des dimensions, des mondes
: de l’empreinte sur le parvis de l’entrée du Palais
(Mircea Cantor), réplique de son ainée sur la Lune qui
écrivit une nouvelle page de l’Histoire, aux voyages
dans l’espace des vidéos et installations (celle de Laurent
Grasso par exemple, et son nuage qui fond sur nous et nous dévore),
à la préhension du réel, avec les réalisations
de Wang Du, d’Adel Abdessemed, ou l’extraordinaire mur
de matraques de Kader Attia. Cette œuvre, condensée de
sens, balaie le champ de l’Histoire de l’art, de Mondrian
aux wall painting, en insufflant une tension inédite entre
la poésie de la calligraphie arabe de style Koufi et la brutalité
abjecte et autoritaire des matraques.
Histoire de responsabilité donc, que l’on retrouve aussi
dans les portraits de Rebecca Bournigault, portraits d’engagements
politiques et idéologiques. De nouveau on est happé
par la tension persistante de ses œuvres, avec ici le frottement
entre la sensualité et la douceur de l’aquarelle et la
violence du sujet. Emeutiers, rebelles et opprimés, "encadrés",
isolés et soustrais à nos investigations par la cagoule
ou le masque qui les cachent. Les cadres accentuent la force de l’individu,
l’isole et montre de façon extrêmement synthétique
la révolte contenue.
L’artiste prend un risque, le sujet aussi, il se masque, elle
se démasque.
Et le public capte, dans la force et le réalisme des œuvres
exposées, les échos d’une aventure humaine dont
il est pleinement acteur.
Dans les trois points de suspension qui courent derrière le
titre de l’exposition, se déploient des étendues
d’expressions, la place nécessaire aux réflexions,
et l’éclat de la parole de cette génération
d’artistes défricheurs et explorateurs qui s’emparent
somptueusement de l’espace du Palais.