Musée du Jeu de Paume
1, place de la Concorde
75008 paris
Jusqu’au 22 mai 2005
Première
exposition parisienne de l’artiste américain Tony
Oursler, très connu pour ses projections sur des têtes
parlantes (Talking heads) et autres créatures polymorphes.
Imaginez un univers où l’on se déplacerait
entre des têtes parlantes, des têtes rondes plantées
sur des corps de chiffons, des corps trop petits, trop rigides,
ou des corps symbolisés par des vêtements inanimés,
jetés dans des coins obscurs, sous des escaliers, dans
des endroits improbables, inaccessibles.
Et cependant sur ces corps tiennent les têtes parlantes,
les têtes fabriquées par Tony Oursler, composées
d’une grosse boule-écran sur laquelle est projeté
un visage mobile : une bouche qui jamais ne se tait, des yeux
exorbités qui semblent prisonniers du visage, une tête
d’œuf, une tête qui contiendrait tout, du corps
au visage, de l’animé à l’inanimé,
du vivant au rêve.
Les Dummies de Tony Oursler nous propulsent dans un univers
couturé de frontières : celle de l’enfance,
où nous jouions avec nos poupées de chiffons,
où les corps se tordaient à volonté, où
nous remplissions les têtes de nos paroles et de nos phantasmes,
celle du rêve, où ce ne sont pas les corps qui
sont en décomposition mais les vêtements, sorte
de cadavre exquis, précipité chimique d’étoffes,
celle de la mort enfin, où le corps n’est plus
qu’une enveloppe et les vêtements semblent la peau
de l’âme, où des cheveux flottent dans une
baignoire d’enfant.
Tony Oursler sature l’espace des salles d’exposition
en y dispersant ces têtes bavardes et figées dans
l’architecture, et dans le même temps, il répand
la matière organique, celle qui prend forme dans la bouche
des Dummies, il théâtralise ses installations vidéo
et les mêlent les unes aux autres.
Il est très troublant de constater que nous "ressentons"
de l’affection pour ces têtes prisonnières
de leur immobilité, que le coup, sans cesse répété,
infligé au cœur du tipi de vêtements nous
perturbe, que c’est avec affliction que nous nous penchons
sur les corps allongés qui nous parlent et semblent nous
implorer, que ces chutes de corps, ces visages écrasés,
le rucher de têtes de Multicolored nous touchent et nous
entraînent dans leur histoire.
Les installations de Oursler peuvent faire rire, mais en nous
intégrant à leur supplique, en nous sollicitant,
elles finissent par provoquer l’inquiétude, l’enfermement
psychique, le doute.