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LAURENT PARIENTE
Le labyrinthe

Musée Bourdelle
18, rue Antoine Bourdelle
75015 Paris

Jusqu’au 26 novembre 2006
Pariente aime les murs. Il entretient une relation très particulière avec eux : "Lorsque vous touchez les murs, les murs vous touchent."


Dans les quatre salles en enfilade des anciens ateliers Bourdelle, Laurent Pariente déploie et déplie un seul et même mur de plâtre, un mur rhizome, sans fin ni début, qui produit l’architecture, le mouvement, la déambulation, ouvre et ferme l’espace, le contraint et le développe, prolifère et s’ordonne en cellules et passages, offre au spectateur une multitude de seuils à franchir, d’horizons blancs et lumineux, évanescents dans l’aura de craie que l’artiste a passé sur chacune des parois. Surface et profondeur sont conjuguées au velouté, à l’odeur et à la douceur de la craie. Qui s’efface, comme les perspectives qui surgissent, obliquent, disparaissent. Comme les bustes de Bourdelle qui soudain, au détour d’un angle, apparaissent à hauteur d’yeux, repères pour celui qui tenterait de démêler le labyrinthe, jalons posés sur la route.



Cette œuvre ouverte est un miroir où la rencontre avec soi-même et avec l’inconnu advient silencieusement, dans le doute, accompagnées des hésitations qui jalonnent le parcours à travers le dédale blanc. Doute et prise de conscience de soi, construction de son chemin à chaque pas, expérience du vide, incertitude devant les nouvelles directions, les choix et proliférations, disparition de l’espace alors qu’on s’y enfonce, disparition de l’autre que l’on croise et qui s’écarte pour libérer une ouverture : le labyrinthe de Pariente s’assimile à une longue déambulation "à venir", où chacun fait l’expérience de l’égarement et du questionnement.



En préambule à cette construction crayeuse, les autoportraits sur plaque de zinc ou d’aluminium exécutés à la pointe sèche viennent griffer notre rétine et aiguiser notre acuité. Entrelacs d’entailles curvilignes, les œuvres frissonnent et débordent du support : la lumière qui surgit d’entre les lignes et les courbes bouillonne à la surface de la plaque vernie et perturbe durablement notre perception. Un film permet de voir Laurent Pariente lorsqu’il met au défi son support et l’attaque à coups de pointe, d’un geste ample et acéré où le repentir n’est pas admis. L’entaille se fixe dans le vernis, elle convoque la lumière qui vient instantanément l’épouser, elle décline les traits de Pariente qui se perd, apparaît et disparaît, se figure et se défigure au gré de nos mouvements.


Perrine Le Querrec
© Jowebzine.com - Septembre 2006
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