PIER PAOLO
PASOLINI, ANNO 1975
Photographies inédites
de Dino PEDRIALI
Jusqu’au 24 mars 2006
Paris - Mairie du Xe
"L’image
est un souffle, une haleine, mais expirante, en voie d’extinction.
L’image est ce qui s’éteint, se consume, une chute.
C’est une intensité pure (…)", ainsi parlait
Deleuze. Ainsi recevons-nous les photographies de Pier Paolo Pasolini
par Dino Pedriali, portraits jusqu’ici inédits et datant
d’octobre 1975. Une quinzaine de jours avant l’assassinat
de Pasolini. Pasolini avait demandé au photographe de le saisir
dans l’intimité de son travail : écrire, dessiner,
lire, mais aussi marcher et réfléchir, penser. Et puis
de partager l’intimité d’une nuit de solitude dans
sa maison préférée, à Chia.
Aujourd’hui, nous nous retrouvons face à ces moments
suspendus, à ces souffles retenus, à l’objectif
qui s’avance et recule devant Pasolini, comme ébloui
par l’intensité des gestes, du regard, la concentration
et la profondeur de chaque moment.
Pedriali alterne les moments de grande intimité, l’objectif
perché sur l’épaule de Pasolini écrivant,
ou genoux à terre dans l’acte de peindre, avec des images
qui cadrent l’environnement du réalisateur, ces maisons
comme des forteresses antiques, la nature qui serpente autour de cet
homme animal et félin, les rues qui s’ouvrent devant
lui.
Dans la maison de Chia, Pasolini est nu dans sa chambre, un livre
sous les yeux. Il est nu et abandonné, capté par l’objectif
du photographe installé au-dehors de la chambre, dans le jardin,
et l’image est celle prise à travers la baie vitrée.
Pasolini découvert dans son intimité, figure antique
enclose entre les murs épais et nus de la maison, puis Pasolini
les mains comme un objectif devant les yeux, cherchant à travers
la nuit celui qui pose le regard sur lui.
L’émotion est alors rare et précieuse, tout aussi
retenue que lorsque nous croisons le regard sombre de l’écrivain,
regard de secret et de solitude, regard d’un homme las des scandales
qui entourent sa personne, regard que l’on dirait chargé
de prémonitions.
Le nombre important de clichés multiplie la beauté fiévreuse
de Pasolini, accroît le sentiment de proximité avec l’acte
créateur, et trace des lignes souples, comme des souffles de
pensées et de réflexions, dans les clichés qui
montrent l’écrivain, le réalisateur, l’homme,
simplement posé dans la vie. Posé en suspension, comme
ses mains qui portent son front lourd devant la machine à écrire,
comme le corps au repos sur le couvre-lit blanc, comme les épaules
courbées sur la feuille de dessin, comme la nuque tendue alors
qu’il écrit. Nous lisons par-dessus son épaule
"une proposition pour éliminer la criminalité en
Italie".
Pasolini jamais ne sourit, ses lèvres sont closes, toujours.
Il aurait fallu que l’essai qu’il rédigeait alors
soit publié, que la furieuse ironie de la vie l’épargne.
La fenêtre à travers laquelle Pedriali, en état
de grâce, capture Pasolini, se recouvre de buée. L’haleine
expirante s’est consumée. Il est temps de partir.