Depuis
combien de temps n’avions-nous plus accordé autant de
temps à une peinture ? Depuis quand un cri n’était-il
pas sorti, pur et vibrant, d’une toile ?
Cri transcrit, qui parvient à notre oeil comme une torsion
musicale, un riff qui pénètre directement dans le corps,
le cambre, le soulève, le fait léviter haut, très
haut au-dessus du banal et de l’indistinct. Cri en toute lettres,
dans les toiles de la série Bright lights, big city, où
les lettres dissimulées et stimulées par la couleur,
les graphies qui s’organisent autour des motifs, domptent les
mots et les sens.
Les œuvres de Person sonnent juste et fort. Elles creusent le
secret de l’être humain et hissent vers la lumière
les remous et les mystères enfouis. Ici la couleur parle, elle
transpire, s’écrase, se donne et se reprend. Elle évolue
en bourrasques vives et pleines, en vagues sensuelles et rythmées.
Une vague s’écrase sur la toile, une vague rouge, bleue
ou jaune, puis une autre, et de son écume émergent des
mots, des lettres griffées, des mélodies râpeuses
et assourdissantes.
On entend autant que l’on voit la peinture de Person. Dans la
série "Tuons les tous", on perçoit ces innombrables
têtes, cibles et trophées, elles hurlent à notre
inconscient, elles crachent matière et forme. Entre radiographie
et mutations, la matière semble évoluer sous notre œil,
cet œil qui retrouve enfin ses fonctions d’explorateur.
A travers les entrelacs du geste de l’artiste, les sutures et
les coulures, les têtes se dévoilent, respirent et s’expriment.
Elles rient, et cela fait peur. Elles pleurent, et cela nous touche.
Elles se travestissent, se maquillent, s’ornent, se tatouent.
Leur peau de peinture convoque notre attention, notre affection ou
notre répulsion.
Sur cette matière picturale exigeante et expressive, entre
les masses humaines et hybrides, s’écrit l’œuvre
d’un homme habité, s’épèlent amour
et mort, désirs et enfermement, souffrance et merveilleux.