Au Musée de la Publicité,
à Paris, une exposition retrace l'explosion de l'art
psychédélique des années 60, en Californie,
au travers d'affiches de concerts de rock.
"Nourris ta tête, nourris ta tête".
(The Jefferson Airplane)
Le Musée de la Publicité propose une exposition
inédite en France : 150 affiches psychédéliques
des années 1966-1969. Crées en Californie, à
San Francisco, ces affiches illustrent de façon spectaculaire
et esthétique une contre-culture émergente et
qui va s’imposer comme la seule forme d’expression
dans laquelle se reconnaît la majorité des jeunes.
Cette contre-culture se nourrit de rock et de drogues hallucinogènes
; elle prône l’égalité des droits
civiques, l’écologie, la lutte contre la guerre
du Vietnam. Pour les artistes, les premières occasions
de créations sont les affiches de concerts de rock
: c’est ainsi qu’apparaissent sur les murs de
San Francisco ces débordements délirants d’idées
et de distorsions graphiques, comme une attaque pacifique
mais directe contre le conformisme gris de la société.
Le gris n’existe pas dans le graphisme inventé
par ces artistes. Ils usent de couleurs vibrantes, cinétiques,
et d’un répertoire de formes issu des théories
de la couleur et des effets d’optiques de Joseph Albers,
ancien membre du Bauhaus, de l’Op Art naissant, et aussi
du Jugendstijl (Gustave Klimt, Alfred Roller…).
La prise de LSD les entraîne de l’autre côté
du miroir, et nous voyageons à la suite de Wes Wilson,
de Bonnie Mac Lean (seule femme artiste de ce mouvement),
de Victor Moscoco et des autres dans un univers imaginaire
peuplé de lettres déformées, de distorsions,
de stylisations, de visions kaléïdoscopiques.
Les "mandalas" incandescents de Moscoso, les masses
de lettres vivantes de Wilson, le motif récurrent de
la femme, qui incarne la liberté sexuelle et la sensualité
et que Bonnie Mac Lean met particulièrement en valeur,
sont autant de résonances aux sons des Grateful Dead,
des Doors, des Quick Silver, du Velvet Underground, de tous
ces groupes qui inventent un nouveau langage, une nouvelle
société.
Le terme psychédélique a été utilisé
la première fois par le psychiatre Humphrey Osmond
pour qualifier les actions que les drogues hallucinogènes
produisent sur la conscience en modifiant les sensations visuelles
et auditives : l’exposition propose quelques vidéos
de concerts, mais aussi une vidéo d’expériences
"au-delà du réel" sous le patronage
des Grateful Dead, qui laisse coît les visiteurs si
gris de cette exposition.
Il est en effet très étonnant de voir ces longues
files de visiteurs silencieux ou parlant à voix basse,
dans cette exposition dont la mise en scène manque
effectivement de fantaisie, bien loin des hallucinations psycho-sensorielles
de l’époque !
Perrine Le Querrec
© Jowebzine.com - Janvier 2005