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RONAN-JIM SEVELLEC

Du 13 octobre 2003 au 5 janvier 2004

Halle Saint Pierre
2, rue Ronsard
75018 Paris

Tél. 01 42 58 72 89
MISE EN BOITE
Installations dans des boîtes, tel pourrait être l'intitulé de la très belle exposition d'un artiste étonnant à découvrir à la Halle Saint Pierre, à Paris.


Il ne manque qu’une chose à l’étonnante exposition de Ronan-Jim Sévellec que propose en ce moment la Halle Saint Pierre dans le dix-huitième arrondissement de Paris : des hommes. Ils étaient certainement ici quelques secondes avant que vous n’arriviez mais là, plus personne, du vide habité, presque l’empreinte humide d’un pas qui sort de la douche et va sécher.
Ronan-Jim Sévellec fait des "installations dans des boites".

Voilà ce que dit en substance le dossier de presse. Une présentation épurée, un pitch comme il faut dire, sans doute destinée à attirer le curieux. Or la rencontre avec ces "boîtes" est une expérience pour le moins déstabilisante. Nous sommes en présence de vivarium anthropologique miniaturisant jusqu’à l’affolement l’existence des hommes : des chambres à coucher au 1/1000e dont les draps sont froissés, dont on arrive à discerner le titres des tranches des livres sur l’étagère au fond, prés du poêle ; une boucherie avec son établi central, son étal à couteau, ses fusils, son carrelage mosaïque usé jusqu’à la trame, son arrière boutique où l’on distingue, derrière les vitres sales, les pièces de viandes, le quart de bœuf à peine équarrit ; un salon s’éteignant dans la lumière du soir, avec sa bibliothèque surchargée (là encore, des tranches de romans, un rayonnage de Série Noires), son canapé défoncés par les habitudes et là-bas, dans le fond, une porte entrouverte dans laquelle, si l’on se penche, se tord le cou, se démet deux vertèbres, on entrevoit… la pièce suivante et ses détails.

Les détails, voilà l’obsession de ce fils de peintre paysagiste breton né en 1938 qui s’est d’abord spécialisé dans l’illustration. Ronan-Jim Sévellec nous livre des lieux à peine désertés que l’on a le droit de zyeuter comme le voyeur de base qui guette dans l’immeuble d’en face. Et que voit-on en s’usant la rétine ? La vie, tout simplement, comme une liste à la Perec de petits riens qu’elle cache dans des conditions souvent insalubres (portrait d’un chiotte à la turque, sols inondés de matières graisseuses et glissantes, même une décharge !)

C’est l’une des expositions les plus étonnantes de l’année à la Halle Saint Pierre, d’habitude spécialisée dans de moins ludiques représentations d’art brut (on découvrira pour le même prix les manèges animés de Georges Counasse) et c’est, encore une fois, une découverte à faire, voire à refaire.


Sébastien D. Gendron
© Jowebzine.com - Novembre 2003
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