MISE
EN BOITE
Installations dans des boîtes, tel pourrait être
l'intitulé de la très belle exposition d'un artiste
étonnant à découvrir à la Halle
Saint Pierre, à Paris.
Il ne manque qu’une chose à l’étonnante
exposition de Ronan-Jim Sévellec que propose en ce moment
la Halle Saint Pierre dans le dix-huitième arrondissement
de Paris : des hommes. Ils étaient certainement ici quelques
secondes avant que vous n’arriviez mais là, plus
personne, du vide habité, presque l’empreinte humide
d’un pas qui sort de la douche et va sécher.
Ronan-Jim Sévellec fait des "installations dans
des boites".
Voilà ce que dit en substance le dossier de presse. Une
présentation épurée, un pitch comme il
faut dire, sans doute destinée à attirer le curieux.
Or la rencontre avec ces "boîtes" est une expérience
pour le moins déstabilisante. Nous sommes en présence
de vivarium anthropologique miniaturisant jusqu’à
l’affolement l’existence des hommes : des chambres
à coucher au 1/1000e dont les draps sont froissés,
dont on arrive à discerner le titres des tranches des
livres sur l’étagère au fond, prés
du poêle ; une boucherie avec son établi central,
son étal à couteau, ses fusils, son carrelage
mosaïque usé jusqu’à la trame, son
arrière boutique où l’on distingue, derrière
les vitres sales, les pièces de viandes, le quart de
bœuf à peine équarrit ; un salon s’éteignant
dans la lumière du soir, avec sa bibliothèque
surchargée (là encore, des tranches de romans,
un rayonnage de Série Noires), son canapé défoncés
par les habitudes et là-bas, dans le fond, une porte
entrouverte dans laquelle, si l’on se penche, se tord
le cou, se démet deux vertèbres, on entrevoit…
la pièce suivante et ses détails.
Les détails, voilà l’obsession de ce fils
de peintre paysagiste breton né en 1938 qui s’est
d’abord spécialisé dans l’illustration.
Ronan-Jim Sévellec nous livre des lieux à peine
désertés que l’on a le droit de zyeuter
comme le voyeur de base qui guette dans l’immeuble d’en
face. Et que voit-on en s’usant la rétine ? La
vie, tout simplement, comme une liste à la Perec de petits
riens qu’elle cache dans des conditions souvent insalubres
(portrait d’un chiotte à la turque, sols inondés
de matières graisseuses et glissantes, même une
décharge !)
C’est l’une des expositions les plus étonnantes
de l’année à la Halle Saint Pierre, d’habitude
spécialisée dans de moins ludiques représentations
d’art brut (on découvrira pour le même prix
les manèges animés de Georges Counasse) et c’est,
encore une fois, une découverte à faire, voire
à refaire.