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     eXPoS
 
TROPICO-VEGETAL

Palais de Tokyo
(Site de Création Contemporaine)
13, avenue du Président Wilson
75116 Paris

Jusqu’au 27 août 2006
Ouvert de midi à minuit,
tous les jours sauf le lundi
Territoires occupés.

Allons, comme le dit Deleuze, sans connaissance et sans savoir, arpenter les territoires caniculaires et exotiques qui envahissent les espaces bétonnés du Palais de Tokyo. Allons nous rafraîchir au cœur de la forêt d’orchidées suspendues, allons ressentir, éprouver les paysages renversés, renversants.
Marchons encore, jusqu’au Land Mark de Jennifer Allora et Guillermo Calzadilla, reproduction à l’échelle et en deux dimensions d’une partie de l’ancienne zone de bombardement sur l’île de Vieques, Porto Rico, occupée par l’US Navy pendant plusieurs décennies. Ici nos pas ralentissent et, à travers le dispositif poétique et politique de ces deux artistes, nous appréhendons physiquement comment une terre peut être marquée par l’envahisseur, comment un territoire subit l’occupation et voit soudainement son identité troublée, ses points de repères déplacés, effacés.

Les questions se pressent : quelle signification exacte recouvre cette notion de terre marquée, selon que cela soit occasionné par des sociétés, des nations, des industries ou par le développement.

Explorant dans sa globalité cette île de Porto Rico, les artistes déploient un langage d’une très grande justesse, tant poétique qu’esthétique, où la forme, qu’elle soit de revêtement plastique pour le sol de Land Mark, de photos pour les empreintes dans le sable de l’île, ou d’images animées, recouvre une pensée et un fond qui porte et interroge, suscite résistance et prise de position. Ainsi le sol topographique composé de milliers de pièces différentes, devient plate-forme d’échanges, de débats fondamentaux sur l’éthique, les droits de l’homme et la justice au sein d’une société encline à la violence sèche et radicale.



Les empreintes sur le sable-peau de l’île, empreintes dues aux semelles gravées d’images et de phrases de résistance et de liberté, fixées aux chaussures de participants à la campagne de demande de restitution des terres, marquent les actions de désobéissance civile. Sur le sable se superposent les messages silencieux, s’effacent ou se creusent les revendications, se tissent les directions, s’ouvrent les voies.



Les vidéos, tout particulièrement Returning a Sound, tournée en 2003 au moment de l’ouverture au public des zones militaires, conjugue le bruit pétaradant d’une trompette fixée au silencieux d’une mobylette, à la traversée des paysages de la partie démilitarisée de l’île. L’activiste pro-désobéissance civile, qui conduit et orchestre ce voyage, se réapproprie et reterritorialise ces zones, aussi bien par le son - et quel son ! celui du rassemblement, mais aussi celui, assourdissant, des bombardements passés - que par le mouvement.

Géographiques, corporels, linguistiques, écologiques, les paysages du Palais de Tokyo offrent une multiplicité de perspectives. À vous de les explorer.


Perrine Le Querrec
© Jowebzine.com - Août 2006
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