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BILL VIOLA
Five angels for the millennium


Exposition Big Bang
Centre Pompidou

Jusqu’au 27 février 2006
Bill Viola, créateur d’anges.


Depuis le 15 juin 2005, le Centre Pompidou offre son Big Bang, soit un redéploiement de ses collections en un parcours non pas chronologique, mais dans une circulation thématique, interdisciplinaire. Ici, le fil conducteur c’est le corps, la connexion étroite entre création et destruction. Et l’exposition ravit et instruit, par ses rapprochements, ses résonnances artistiques, ses correspondances privilégiées. De plus, entre chaque grande section (Destruction / Construction / Archaïsme / Sexe / Guerre / Subversion / Mélancolie / Réenchantement), des couloirs transversaux présente les courants fondateurs de l’histoire littéraire. Les philosophes, romanciers et poètes évoquent dans leur production des préoccupations identiques à celles des peintres, sculpteurs et dessinateurs. Cette mise en regard est passionnante, essentielle : que cela soit avec des mots, des lettres, ou en volume et couleurs, ce qui anime les artistes penseurs se lie dans une même voix. La déconstruction et la construction d’un récit, de la langue, les désirs de révolution, les ivresses, folies, délires, l’épuisement de la parole, sa renaissance, son essence font écho au Big Bang artistique.

Voici donc quelques mois que cette exposition palpite au cœur du Centre. Et voici quelques semaines que son nom a changé : de Big Bang elle s’est muée en "Big Bang / Bill Viola". Parce que chaque article relatant cette exposition s’arrête sur la vidéo de Bill Viola : point d’orgue du parcours, "extraordinaire et surpuissant", "monumental"… Five angels for the millennium est tout cela : l’installation met en scène cinq anges, "cinq messagers entre le monde spirituel et celui de la conscience."

Physiquement, nous pénétrons dans un espace noir, noir comme l’intérieur de notre tête. Cinq écrans, de très grandes dimensions, se répartissent sur les murs. Dessus : des images d’eau, de l’eau noire, bleue, et au centre de l’eau rouge, brulée par le soleil. Le son qui nous environne est celui des herbes qui chantent, de la chaleur, des insectes qui frottent leurs mandibules, toute une vie terrienne et microscopique qui tranche avec l’univers aquatique dans lequel on s’enfonce doucement, langoureusement. Il ne se passe rien : il y a le mouvement de l’eau, des vaguelettes qui s’écrasent, une houle légère, des bulles, des stries, des plissements, des rides à la surface, mais aussi à l’intérieur de l’eau, des piercing de lumière. Les aspects plastiques et perceptifs de l’image sont exacerbés, la caméra est un outil de perception du monde et le son, d’importance égale à l’image, porte et conduit notre apprentissage de spiritualité.

Et soudain… Aussi brusquement que l’enfant vient au monde, aussi brutalement que la mort saisit celui qui vivait l’instant auparavant : cinq anges jaillissent de l’eau, un par écran, dans un bruit assourdissant, de trombe, d’explosion, de renversement.

Les corps naissent, s’expulsent vers la lumière, se volatilisent en éclaboussures et excès de pureté. Les corps, à l’endroit, à l’envers, nous n’avons plus aucun repère, nous sommes sous l’eau, immergés, et nous poussons notre premier cri respirant dès qu’un ange émerge, les corps donc, oscillent entre noyade et renaissance. Leur pureté esthétique, les images hautement technologiques et parfaitement visionnaires nous transportent, happent notre conscience, éveillent tous nos sens.

C’est d’une beauté renversante, "renversante" représentant le mot idéal pour définir l’afflux d’émotions et de sentiment dans lequel on se noie à force d’être spectateur de ce miracle d’images et de présence tant charnelle (les corps mouillés revêtent des formes parfaites, des formes "angéliques"), que spirituelle. Précipitez-vous et plongez à votre tour avec les cinq Anges de Bill Viola.


Perrine Le Querrec
© Jowebzine.com - Janvier 2006
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