| Très
belle exposition organisée au Grand Palais pour montrer
un peintre trop rare (la dernière rétrospective
datait de 1938), auteur et spectateur de magnifiques toiles.
Edouard Vuillard naît le 11 novembre 1868 en Saône-et-Loire
d’une mère corsetière et d’un père
retraité de l’armée, il a une sœur
et un frère aînés. La famille Vuillard
emménage à Paris en 1877 et Edouard entre quelques
années plus tard au Lycée Condorcet où
il fera la connaissance de Maurice Denis, Ker-Xavier Roussel,
Aurélien Lugné-Poe et d’autres peintres,
poètes, journalistes et dramaturges qui constitueront
son entourage proche pour longtemps. Son père décède
en 1884 et sa mère survit grâce à l’atelier
de couture installé dans l’appartement familial,
scène de nombreux tableaux à venir.
En 1885, Edouard Vuillard abandonne l’idée de
devenir Saint-Cyrien et se destine, avec son ami Ker-Xavier
Roussel, à la peinture. Il suit des cours à
l’Ecole des Gobelins, à l’Académie
Julian, à l’Ecole des beaux-arts. Il entre dans
le groupe des Nabis, qui prônent l’absence de
perspective et l’utilisation d’aplats de couleurs
très franches, s’y lie avec Sérusier et
Bonnard et, parallèlement, il dessine des programmes
et des décors de théâtre, notamment pour
le Théâtre de l’œuvre où sont
mises en scène des pièces d’Ibsen, Strindberg
et Maeterlinck. Il se lance également dans la décoration
et reçoit de nombreuses commandes de dessus de porte,
de paravents, de panneaux décoratifs. C’est ainsi
qu’il fait la connaissance de Misia Natanson, qui devient
sa muse, et de son mari Thadée. Dans cet environnement
très bourgeois, il croisera notamment Mallarmé
et se liera d‘amitié avec Valloton.
En 1900, Vuillard rencontre Jos Hessel, son futur marchand,
et son épouse, Lucy, sa nouvelle muse et sa maîtresse.
À partir de 1912, il réalise de plus en plus
de portraits, avant de se lancer dans des sujets plus guerriers
en 1917 en tant que peintre des armées.
En 1938 a lieu, pour les 70 ans de l’artiste, une grande
rétrospective au musée des Arts décoratifs.
Édouard Vuillard meurt à La Baule, le 21 juin
1940.
Dans sa vie personnelle, extrêmement riche en rencontres,
que ce soit dans les milieux artistique, intellectuel ou bourgeois,
Vuillard puisera une inspiration sans limite qui l’entraîne
dans tous les genres et qui engendre une prolifération
d’œuvres.
La rétrospective qui se tient actuellement au Grand
Palais en réunit le plus grand nombre depuis celle
ayant eu lieu du vivant du peintre en 1938. Elle s’organise
autour des grands thèmes abordés par Vuillard,
plus que selon une réelle chronologie. C’est
ainsi que le visiteur voyage, de salle en salle, d’un
monde confiné et clos représentant les célèbres
"intérieurs", pour la plupart inspirés
de l’appartement familial ou de ceux de proches, à
l’ouverture vers l’extérieur offerte par
les différentes vues des jardins publics ou de la place
Vintimille, en passant par les décors de théâtre
épurés et japonisants ou les portraits saisissants
de modernité.
Quelle que soit l’influence qui transparaît dans
la toile, nabie, pointilliste, impressionniste, fauve, classique
ou moderne, on retrouve le même souci du détail,
la même harmonie dans les couleurs, le même talent
qui permettent au peintre de recréer dans son tableau
une véritable ambiance, celle de la scène représentée.
Vuillard transcrit sur la toile ce qu’il a remarqué
en tant qu’observateur attentif et intuitif. Il s’inscrit
effectivement comme plus spectateur qu’acteur, que ce
soit lors de ses virées nocturnes au théâtre,
au caf’conc ou au cabaret, derrière l’objectif
de son appareil photographique portable acquis dès
1897 ou dans la façon dont il se représente
lui-même dans ses tableaux, entre deux portes, à
l’écart, dans un coin… Spectateur et auteur
de magnifiques toiles, rassemblées dans une très
belle exposition, à ne rater sous aucun prétexte.
Anne-Sophie Mehl
© Jowebzine.com - Décembre 2003
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